Ce qui est difficile c’est de savoir ce qu’il faut cacher. Une fois trouvé le mot clé ou le concept de la chanson et trouvé ce qu’il faut cacher, là tout devient facile. ”
Jean-Benoît Dunckel ne manque pas d'
Air. Depuis « Talkie Walkie » (2004), tout le monde attend un nouvel album du duo versaillais, mais c'est le moment qu'il choisit pour se rebaptiser Darkel et s’embarquer en solo. Bonne nouvelle : le résultat est là! Paru en 2006, son premier album éponyme est excellent. Il y suit la voie pop-rock dans laquelle Air s’est engagée depuis « 10.000 Hz Legend », mais parvient à gagner en variété et en sens de l'inédit.
« Be My Friend » met toutes les voiles électroniques dehors pour mieux emporter une mélodie sortie du fond des âges vers une terre inconnue. « TV Destroy » sort la grosse artillerie des guitares électriques, mais la ligne vocale, ultra-légère, désamorce toute violence punk, rendant le morceau plus bizarre qu’agressif. « Pearl », ballade où les machines règnent, gagne un côté organique, concret, grâce aux cloches d’église qui la rythment . Et le reste est à l’envi : on parcourt des branches diverses de la pop, mais il y a toujours un écart, un pas de côté par rapport au scénario qu’on attendait. L’unité est apportée par cette voix au piètre accent anglais, vaguement androgynen qui était déjà la dominante du duo. Les traitements électroniques, comme d’habitude, s’efforcent à la décoller de notre planète, faisant du chanteur une sorte d'« alien », un étranger observant les choses avec une curiosité de dandy.
Dire que cet album est minutieux serait un euphémisme, tant chaque instrument, chaque son, chaque petit courant musical se trouve fondu dans les autres, pour aboutir à quelque chose de parfaitement inédit. Ancien mathématicien, Dunckel a une fascination pour les concepts et les expériences, presque à la manière de
Jorge Luis Borges. Ces dix titres finissent donc par être autant de fictions, de programmes combinatoires ouverts sur l’inconnu. Un peu de recul nous dira s'il s'agit bien d'un disque majeur de 2006, mais il tranche à coup sûr, sur cette scène pop trop embarrassée par les tics et citations de toutes sortes.
> Rigolo mais un peu vide : il permet néanmoins de s'abonner à sa newsletter.