Selon les circonstances, un même morceau atteindra la perfection ou sombrera dans la médiocrité. Entre ces deux extrêmes, la frontière est plus ténue qu'on ne le croit. (Brendan Perry, Les Inrockuptibles, octobre 1999) ”
Dead Can Dance aura été un groupe atypique de la cold wave, genre avec lequel ils finiront par prendre leurs distances pour mieux explorer des territoires bien peu représentés dans la pop moderne, à savoir tout l’héritage musical légué par la culture médiévale et par la Renaissance.
La vague froide australienne
La formation du groupe se fait en 1981 à Melbourne, lorsque Brendan Perry (guitare/baryton) se décide à entamer une collaboration avec les musiciens Simon Monroe (batterie) et Paul Erikson (basse), suivi très vite par l’arrivée de Lisa Gerrard (contralto). Si Dead Can Dance connaîtra au fil des ans de nombreuses modifications de son lineup, il possède toutefois en Perry et Gerrard un noyau dur stable et solide qui résistera à ces diverses allées et venues de musiciens. Les premiers départs sont ceux de Monroe et Erikson, qui surviennent dès l’année 1982 après la décision des deux vocalistes de déménager à Londres, et de bénéficier d’une scène plus dynamique et réceptive à leur style musical pour le moins original. Leur arrivée en Angleterre ne se fait toutefois pas dans la facilité, le groupe ayant des difficultés à vivre de sa musique.
Toutefois, l’enregistrement et l’envoi à plusieurs maisons de disque de quelques démos au début de l’an 1983 s’avéreront payants, puisque la maquette reçue par le label 4AD persuade son fondateur Ivo-Watts Russell de signer le groupe. La formation australienne se saisit opiniâtrement de cette main tendue, grâce à laquelle Dead Can Dance se jette véritablement à l’eau, assurant notamment des premières parties pour les
Cocteau Twins et un enregistrement à la BBC d’une fameuse Peel Sessions.
Anti-pop
Un premier album éponyme,
Dead Can Dance, voit le jour en février 1984, aux sonorités post-punk et gothiques, créant une ambiance mystique et liturgique assez peu conventionnelle dans la cold wave anglaise.
Spleen and Ideal, deuxième livraison salué par la presse et le public et publié en 1985, creuse un peu plus le sillon romantique et ténébreux, comme en atteste le titre, référence directe aux
Les Fleurs du mal. Déconcertant à la fois le public new wave et celui, plus spécialisé, du rock gothique, Dead Can Dance est un objet de fascination extrême pour ses contemporains, bousculés dans leurs habitudes d’auditeurs, chose assez extraordinaire à une époque des plus effervescentes et ouvertes de la musique populaire. Deux albums parachèveront la décennie triomphale des Australiens,
Within the Realm of a Dying Sun (1987) et
The Serpent’s Egg (1988), ce dernier laissant poindre des influence baroques et médiévales assez nettes.
Ovni culte
Le paroxysme de cette esthétique ressuscitant le Moyen-âge européen et les percussions tribales sera atteint avec
Aion (1990) et
Into the Labyrinth (1993), qui marqueront les débuts du groupe sur le territoire américain.
Spiritchaser, sorti en 1996, sera l’acte final de la carrière studio de Dead Can Dance, la formation annonçant sa séparation officiellement en 1998. Lisa Gerrard et Brendan Perry vont, dans les années qui suivent, continuer leurs expérimentations vocales et mélodiques, sans toutefois connaître un succès populaire approchant celui qu’ils connurent ensemble. La reformation du groupe survient en 2005 et célébrée par une tournée en Europe et aux Etats-Unis.
Devenu objet de culte des deux côtés de l’Atlantique, Dead Can Dance a su durant sa carrière imposer un son singulier et audacieux qui, s’il n’a pas eu un impact déterminant sur la pop avant-gardiste d’aujourd’hui, a marqué durablement l’esprit et l’oreille des mélomanes new wave.