| . | Entretien avec Mister You |
| . | Entretien avec Chris Garneau |
| . | Entretien avec Do Make Say Think |
| . | Entretien avec Air |
| . | Entretien avec Hecuba |
| . | Les interviews Musique |
| . | La pop-rock française, succès aux USA |
| . | Les clips à vélo |
| . | Le live sur clé USB |
| . | La nuit parisienne à l'agonie |
| . | Portrait vidéo d'un sosie de Michael Jackson |
| . | Articles Musique |



- Lire notre interview avec Death Of The Neighbourhood
Celui qu’on ne peut s’empêcher, 13 ans après les faits, de décrire comme le one-hit wonder du seul "You’re gorgeous", a pris l’habitude de semer ses amis et ennemis derrière ses audaces sonores. Son dernier album a été vendu de manière désastreuse par sa maison de disques, si bien qu’il lui a fallu batailler pour enchaîner et finalement trouver asile sur le label Atic Records, tenu par son ami Andy Turner, le magicien de Aim, avec lequel il avait enregistré à l’époque un single merveilleux.
Dieu ne viendra plus
Un nom d’emprunt qui est, à lui seul, tout un programme : Death Of the Neighbourhood, la mort du voisinage, une sorte de cri d’alarme et de revanche qui renvoie pêle-mêle à un Desperate Housewives horrifique et au Massacre de Pangbourne (Sauvagerie de JG Ballard). Le premier titre éponyme donne le ton en moins de 2 minutes : Jones y fait crépiter ses machines électroniques en murmurant un "everything is just fine" (de psychopathe) auquel personne ne croit. Ce type-là a la bave aux lèvres et pourrait prendre la tête de n’importe quel Top 50 sur un battement de paupières pop, s’il contenait ses démons. A quoi bon ? Il a déjà connu ça. "Cokeholes" a un potentiel énorme et ne ressemble à pas grand-chose de connu : une sorte de hip-pop fracassé sur fond de shalala-électronica, servi pas des paroles qui parlent de chirurgie esthétique, de double menton, de malaise suburbain, de coke et d’enfants fous.

Stephen Jones décortique ce qui ne va pas dans les banlieues : il insiste, comme Tim Burton ou John Waters dans leurs films, sur les rapports entre la folie et la normalité, les névroses et les déviances véhiculées par un mode de vie stéréotypé : la télé, le flux d’infos, l’isolement des cellules familiales. Comme souvent chez lui, c’est l’alliance de la musique déboîtée et des textes à double détente qui suggère le malaise alternant phases de crise et d’abattement mélancolique. Le disque 1 est un délice en 17 pièces dont la plupart comme "Yellowhills", "Forgot To Take My Drugs", "Murd’ring Started" ou "God’s Not Coming" sont aussi déjantés que bouleversants.
Dans un monde meilleur
D’une facture moins atypique, le disque 2 est plus apaisé. Stephen Jones a déjà composé des musiques de film, imaginaires ou pour de vrai. Les accrocs sonores laissent la place à une harmonie qui, si elle n’est que de façade, n’en sonne pas moins sécurisante et confortable. Jones y joue de tous les instruments, pianos sans tête, beat box antiques et synthés pleurnichards pour composer une bande-son presque guillerette ("Crucifix Surfboard", "Enough Tranquilizer For A Horse") que seuls des titres glaçants ("Petrified in the Hills Above The Cemetery" par exemple) viennent saboter. Jones fait, comme sur le disque 1, preuve de pas mal de virtuosité alternant des percussions improbables ("Siberian Refrigerator") et des gammes cristallines sur le magnifique "Train Derails On The Way To A Happy Place". L’ensemble affiche paradoxalement une belle homogénéité d’ambiance, suggérant à nouveau l’étrangeté et le malaise ("Lost Youth Part II") derrière l’atonie et le caractère bucolique des lieux. "Wish I’d Been Born A Baby" livre peut-être, en avant dernière plage, les clés du monde merveilleux de Stephen Jones : une quête perpétuelle de l’innocence originelle, entretenue par un dégoût et une peur du monde incontrôlés. D’aucuns diront qu’on ne donne rien d’autre là qu’une énième définition de la pop music. Sans avoir l’air d’y toucher, Stephen Jones joue, dans nos rêves, avec Syd Barrett et Brian Wilson à inventer un monde meilleur.
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z