Né au début des années 1990, le trio américain Deerhoof distille depuis plus de 10 ans sa pop noisy et expérimentale sur la scène indie qui les a érigés, au bénéfice de la huitaine d’albums que le groupe a sorti depuis le fondateur
The Man, the King and the Girl en 1997, en véritables héros.
C’est en 1991 que tout commence pour le batteur Greg Saunier avec la dissolution de Nitre Pit, quartet de San Francisco dans lequel il officiait jusque-là. Engagé à jouer encore sur quelques dates de la tournée de son ancien groupe, Saunier embauche à la guitare Rob Fisk, pourtant bassiste de formation. Condamné sur scène à improviser, par son manque de matériel et de musiciens, le duo parvient malgré tout à se trouver un style, entre lo-fi et expérimental, qui convainc le public. Une de leurs prestations persuade même Slim Moon, fondateur du label indépendant Kill Rock Stars, à signer ce tandem prometteur. L’arrivée, en 1996, de la japonaise Satomi Matsuzaki au poste de chanteuse est déterminante sur le son de Deerhoof : jusqu’alors cantonnés aux instrumentaux énergiques et à rallonge, l’addition de la voix fluette et peu puissante de Matsuzaki à ce shoegazing bruitiste permet à Saunier et Fisk d’enfin affiner leur songwriting et le rendre plus accessible.
Le premier album du groupe,
The Man, the King and the Girl, sort l’année suivante et traduit cette mutation du style du groupe, incluant dans ses mélodies résolument rock des éléments pop. L’opus suivant marquera un nouveau bouleversement esthétique,
Holdypaws (1999) développant une musique aux tonalités sombres, excluant toute excentricité dans les arrangements. Jusque-là peu rentable, Deerhoof ne réussit toujours pas, avec
Halfbirds (2001), trouver son public ; plus mélodique que ces deux prédécesseurs, le disque est un échec commercial. A cela s’ajoute le départ de Fisk et Kelly Goode (claviériste recrutée peu après l’enregistrement de
Holdypaws) en 2000, laissant Saunier et Matsuzaki finaliser l’enregistrement de
Halfbirds.
Pallié par le guitariste John Dieterich, la désaffection de Fisk offre un nouveau départ à Deerhoof, déterminé à enfin trouver le bon équilibre entre puissance et polissage du son. C’est avec cet objectif en vue qu’est réalisé
Reveille (2002), premier album du groupe qui s’attirera enfin les faveurs de la presse spécialisée, séduit par le style audacieux, inventif et moderne de la formation.
Apple O' (2003),
Milk Man (2004) et
The Runners Four (2005) seront également salué par la critique, en plus d’accroître l’audience de Deerhoof, parvenant enfin à vendre ses albums. C’est toutefois en 2006 que le groupe de Saunier connaît la consécration avec
Friend Opportunity, leur album à la fois le plus vendu et le plus acclamé, notamment par l'influent Pitchfork.
Offend Maggie, huitième album du trio, est annoncé pour la fin 2008, toujours chez Kill Rock Stars, auquel Deerhoof est resté fidèle depuis ses débuts.