Fer de lance du mouvement nu metal, Deftones a su imposé, en compagnie de groupes comme
Korn ou
Linkin Park, un son et une esthétique singuliers dans le milieu très hermétique du rock mainstream et qui, jusque-là, restaient cantonnés à l’underground.
Formé en 1988 par Stephen Carpenter (guitare), Abe Cunningham (batterie) et Chino Moreno (chant), trois lycéens de la ville de Sacramento en Californie, Deftones parviendra à son lineup définitif l’année suivante par l’arrivée du bassiste Chi Cheng, engagé après les essais peu concluants de nombreux autres prétendants. Développant à leurs débuts un son brut et martial dans la plus pure tradition metal, le groupe s’oriente toutefois assez tôt vers des voies plus expérimentales et innovantes, à l’instar de ce qu’a pu faire par exemple
Rage Against the Machine.
C’est une maquette composée de quatre chansons que le quartet a envoyé au label Maverick de
Madonna qui va lancer la carrière du groupe, la maison de disque les signant peu après. Leur premier album,
Adrenaline, qui voit le jour en 1995, permet au groupe de tourner à travers les Etats-Unis en compagnie de musiciens déjà bien établis de la scène hardcore, comme L7,
Ozzy Osbourne ou Korn. Si
Adrenaline ne provoque pas immédiatement d’engouement auprès des amateurs du genre, le groupe, au gré de performances live plus que convaincantes, réussira à amorcer un phénomène de bouche à oreille suffisamment efficace pour se bâtir un premier cercle de fidèles.
C’est l’opus suivant,
Around the Fur, paru deux ans plus tard, qui révèle véritablement Deftones au grand public, par le biais de passages répétés, à la radio comme sur MTV, des singles tirés du disque. Deftones est LA nouvelle attraction nu metal du moment. Sous l’impulsion de leur chanteur Chino Moreno, grand fan des
Cure, des
Smiths et du rock romantique anglais des 80’s en général, le groupe californien va injecter dans leur troisième LP,
White Pony (2000), quelques nappes de pop et de new wave, chose surprenante venant d’un représentant de la mouvance nu metal : le pari est gagnant, le public suivant Deftones de ces expérimentations pour le moins audacieuses. Tirant profit de leur statut de mastodontes du nu metal et de la certaine liberté qu’il en découle, Deftones sortira par la suite deux albums explorant eux aussi les terres bannis de l’indie,
Deftones en 2003 et
Saturday Night Wrist en 2006, le quatuor se faisant par là même les éclaireurs avisés d’un genre boursouflé de conventions.