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Hell nous la joue "Night and Day" sur Teufelswerk, un double album monumental qui rend un hommage fervent à l'Allemagne électro éternelle tout en revenant sur ses racines expérimentales et (kraut)rock. Massif !
Hell, ses nuits...
Teufelswerk s'ouvre naturellement sur une face Night logiquement dédiée à la danse (normal pour celui qui vécu tant de nuits en club) sur laquelle Hell pose immédiatement les bases de son esthétique électro. La disco des clubs new yorkais d'abord, incarnée par un Bryan Ferry en grande forme ("You Can Dance"), mais aussi l'électronique et la technologie, ses deux "démons" du pacte faustien signé par l'Allemagne depuis plus d'un siècle. C'est pourquoi "Electronic Germany", deuxième titre du CD 1, résonne à la fois comme le résumé historique et esthétique d'une techno allemande victorieuse, mais sonne également réellement comme le chant mélancolique d'un homme arrivé à maturité qui a dédié toute sa vie à cette musique. C'est aussi l'occasion pour Hell de faire un clin d'oeil à un autre grand producteur germanique, Anthony Rother, avec lequel il signe le glaçant "Bodyfarm2", réflexion sur l'eugénisme et le clonage. Dans sa volonté d'être à la fois futuriste et retro (retro-futuriste), Night fait également la part belle aux trépidations techno le temps d'un "Hellracer" égocentré ou d'un "The Disaster" bâti comme un hymne dancefloor, et à ses mythes ('The DJ", celui qui " doit impérativement jouer des titres de plus de 12 minutes " comme l'exhorte P. Diddy, autre invité de marque, sur le morceau éponyme). Du disco à la techno, des raves au block party, de la house à l'electro, Night est le parfait résumé de l'esthétique de Hell, reste maintenant à évoquer le passé.
… sont plus belles que vos jours
Ce passé qui hante Day de manière poignante de "Germania" et "The Angst pt. 1 et 2", respectueux tributes du producteur à Tangerine Dream etKlaus Schulze, les immenses pionniers de ce qui deviendra par la suite la musique ambient que l'on appelait "planante" alors, à "Silver Machine", reprise space rock enthousiaste des anglais de Hawkwind. De fait, Day s'impose comme un véritable disque krautrock et n'aurait pas à rougir aux côté des originaux de Neu!, Harmonia ou Cluster. Cette patine, Hell l'a capturé avec l'aide de véritable musiciens, ce qui est une nouveauté pour lui. C'est pourquoi l'on retrouve le guitariste de Fauna Flash et Trüby Trio, Christian Pommer, sur tous les titres de ce deuxième CD, mais aussi le pianiste Roberto Di Goia de Marsmobile (présent sur le Neon Golden de The Notwist par exemple) ou encore Peter Kruder, moitié du duo Kruder & Dorfmeister et leader de Tosca, à la production. Hanté, Day va jusqu'à évoquer l'époque de tous les possibles, celle où le punk côtoyait le disco, où le rock s'éprenait de machine sur un "Nightclubbing" qui n'a de rapport avec le titre d'Iggy Pop que le nom, ou un ambigu "I Prefer Women to Men Anyway". Mise en abîme intimiste, Day est certainement le plus saisissant des disques de Hell.
Hell's Bells
On l'aura compris, plus que NY Muscle, son précédent album solo, patchwork encore trop épris des rythmes 4X4 prévisibles d'une techno qui n'osait pas s'émanciper, Teufelswerk est un grand disque personnel. Hell y poursuit ses démons (Bowie période Berlinoise, Kraftwerk, le rock, la new wave) et finit par les rattraper pour leur sonner les cloches et rappeler que la quarantaine n'est pas seulement l'âge de raison, mais peut être aussi un âge d'or.

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