Végétal de Emilie Simon



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Le printemps d'Emilie



Fraîchement auréolée d'une Victoire de la musique - méritée - pour la B.O de la Marche de l'empereur, Emilie Simon délaisse les manchots pour les plantes avec Vegetal, qui sort pile au moment où pointent les premiers bourgeons.
Allure timide, visage infantile, voix de porcelaine, Emilie Simon est parfois comparée (à la va vite) à Björk. Artiste remarquée à chacune de ses apparitions sur scène, notamment l'été dernier aux Eurockéennes de Belfort où elle jouait une femme bionique (un bras électronique lui permettait, tout en chantant, de diffuser les sons synthétiques dont elle à le secret) accompagnée de la Synfonietta de Belfort, la Montpelliéraine est tout sauf une pâle imitation franchouillarde de l'Islandaise.
Deux albums en deux ans (récompensés chacun par une Victoire de la Musique) : la belle de 27 ans est une artiste prolifique. Et seulement deux disques oniriques, aux atmosphères bien trempées, ont suffit à convaincre le commun des mortels des talents d'auteur/compositeur/interprète/arrangeuse de cette diplômée de l'IRCAM (Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique), qui passe ses journées à triturer les sons dans son home studio parisien.

Vegetal était en gestation avant même qu'Emilie ne se consacre à illustrer la procession des manchots. Dans la droite lignée de ses créations précédentes, le nouvel opus marque une évolution de style. Entourée d'un éventail d'instruments (flutte, violoncelle, guitare électrique...) et de la basse de Simon Edwards (notamment collaborateur d'Alain Bashung), Emilie Simon dessine univers sombre, inquiétant par moments, évoquant une forêt fantastique peuplée d'étranges personnages, mi-plantes mi-humains.
Le décor est planté par "Alicia", majestueuse comptine narrant l'histoire d'une fille végétale aux bras de lierre. Le rythme s'accélère dès le second titre, "Fleur de saison", soutenu par des clapements et des riffs de guitare peu coutumiers d'Emilie. La présence de morceaux aux beats répétitifs et aux basses lourdes ("Dame de lotus", "Never fall in love") est une évolution perceptible à la première écoute de Vegetal. La miss lorgne désormais sur le territoire d'Alison Goldfrapp, sculpturale égérie de la scène électropop mondiale.

Traversant ces zones de turbulences presque angoissantes, Emilie fait - encore une fois - preuve d'un don inouï pour les mélodies, tantôt profondément touchantes ("le Vieil amant"), rassurantes ("In the lake") ou entêtantes : "Opium" et ses vapeurs de pavot. Ces dernières sont, comme de coutume, soutenues par des arrangements de grande qualité. Après avoir cherché à reproduire les bruits de glace et de neige pour la Marche de l'Empereur, Emilie Simon réutilise à sa guise les sons, butinés dans la nature : eau, bois, craquements de braises ("En cendres") mais aussi des cliquetis métalliques ("My old friend"). Les chœurs rappellent le vent, s'engouffrant dans les cimes menaçantes des arbres ("Sweet blossom"), façon film d'épouvante vieillot.

Calqués sur l'obscurité règnant tout au long des 50 minutes du disque - bien que les éclaircies soient nombreuses - les textes, ponctués de jeux de mots, sont moins naïfs que sur les précédents albums. "Le Vieil amant" raconte la désillusion d'un amour déçu, "Opium" et son ambiance cotonneuse nous plonge dans une étrange ivresse, "Annie", comme le titre d'ouverture "Alicia", font référence à la mort, un thème récurrent du disque.

Avec Vegetal, Emilie Simon prouve qu'elle est partie pour durer, suivant une ascension logique, maîtrisant ses machines et ses instruments comme jamais. L'artiste semble avoir acquis une nouvelle maturité, avec des textes débarrassés de leur trop plein d'innocence. Le thème du disque ne serait presque qu'un prétexte, Emilie Simon évoquant la flore pour chanter le caractère éphémère de la vie humaine. Né de la nature, Vegetal est un recueil de poésie qui, logiquement, se conclut "en cendre".

Vegetal
Emilie Simon
Universal Records
Sortie le 13 mars

Sylvain Langlois Le 29 mars 2006
Sur Flu : - La review du concert d'Emilie Simon aux Eurockéennes de Belfort 2005.

Sur le Web : - Emilie Simon sur Ados.fr - Le Site officiel d'Emilie Simon - La page Wikipédia d'Emilie Simon




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