2007 de False



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En 2007, Matthew Dear réinvente la minimale



2007 n’est pas un enième album de techno minimale, mais bien une œuvre à l’image de sa pochette, intrigante et bizarrement dérangeante. Un véritable Objet Sonore Non Identifié.

L’homme qui se cache derrière False se nomme Matthew Dear, et l’on peut dire sans trop se gourrer qu’il transforme en or tout ce qu’il touche. Sur 2007, le texan semble offre une ambiance plus folle et granuleuse. Si David Lynch peut être considéré comme le roi de la subversion cinématographique, Matthew Dear est définitivement son pendant musical. Sa techno minimale est éloigné de l’appui classique des rythmiques carrées et ondule de manière angoissante à travers l’album.

Avant même de jeter une oreille à 2007, on sent le malaise poindre au vu de la pochette. Rappelant imperciptiblement les croix brûlées par le KKK dans un autre temps. Inquiétante d'une manière subliminale, elle n'est pas sans rappeler les croix en feu d'un temps heureusement révolu. Voilà en tous cas une imagerie peu habituelle dans un univers, celui de la techno minimale, qui préfère souvent la force des formes et des couleurs en elles-mêmes plutôt que le signifiant historique et le renvoi aux injustices sociales, aussi capillotracté qu’il puisse sembler ici. Les accents bluesy des précédentes compositions de l’américain sont peut-être la cause de ce parti pris.

Dès le morceau d’ouverture, "Indy 3000", les peurs anciennes et les cauchemars d’une autre époque ressurgissent et corrompent l’univers ambiant. Le bruissement étouffé de la forêt de Twin Peaks semble s’inviter dans le souffle initial placé sur ce morceau, et le rythme envoûtant vient servir des instrumentations entrevues à l’orée de ce paysage médusant. Semblable à une séance de spiritisme, il est encore plus troublant d’écouter 2007 la nuit, seul. Ici, point de fioritures de geek aspirant à la grandiloquence, tout repose sur les soubresauts sonores se cachant au coin des pièces lugubres entrouvertes, émanant tantôt d’on ne sait quel rampant, tantôt d’illusions digitales qu’on peine à distinguer.

Un album très inspiré et inspirant donc, mais qui ne mise pas tout sur les nappes décomposées, puisque le groove se fait tout de même sentir, comme sur "Meat Me in the Market", ou "Warm Co.", par exemple, qui ne ferait pas tâche au milieu de Villalobos et de Hawtin.

"Alright Liar" déclenche cependant un changement d’atmosphère, et se charge de désarçonner l’auditeur de ses réflexes anticipateurs à coups d’oscillations métalliques. Avec "Plus Plus", la pesanteur se fait encore davantage sentir, puis Matthew Dear finit de renverser les habitudes d’écoute en jouant de la boîte à musique là où on aurait senti le big beat poindre sur "Face the Rain". On retiendra également le twist robotique de "Dollar Down", l’ambiance sourde, pleines et ferreuse de "Disease/George Washington", certainement le meilleur morceau de l'album, et bien sûr l’énorme "Fed on Youth" .

Le final est à l’image du reste de l’album, puisque là encore Matthew Dear s’évertue à surprendre en livrant une bouillie sonore d’un goût des plus étranges ("Stomachs/Ankle Biter"). Du grand art !


 

Maxence Grugier Le 01 January 2009
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