Fever Ray




Sur disque, Fever Ray c'est une musique angoissante, imposante, chantée en anglais avec une voix puissante et plutôt effrayante. Au téléphone, la suédoise Karin Dreijer semble timide, pas vraiment à l'aise avec la langue de Kate Bush. Bref, elle ne paye pas de mine mais derrière ces fragiles apparences elle a des idées bien précises sur la musique et sur comment la faire.

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Pour cet album vous utilisez l'alias Fever Ray mais c'est principalement une œuvre que vous avez réalisée seule. Vous n'avez pas pensé à le sortir sous votre propre nom ?

Karin Dreijer : Non. Ma musique, c'est plus que moi. On est plus libre quand on travaille sous un alias. Je joue avec des personnages, parfois tout ça n'a pas grand chose à voir avec moi.

Il y a quelque chose de très simple et minimaliste dans vos paroles et dans leur symbolisme presque primal. Elles ressemblent presque à de vieux poèmes traditionnels. Pourtant la musique est complètement électronique. C'est un contraste délibéré ?

Karin : J'aime vraiment garder des paroles très simples, ne pas utiliser trop de mots. Je commence toujours avec la musique. Ensuite vient la mélodie musicale et quand enfin j'en viens aux paroles, j'ai une bonne idée de la chanson. Je ne veux pas que les mots interfèrent trop avec ça.

La musique aussi est minimaliste, vous ménagez un grand espace à vos sons pour exister.

Karin : Je n'aime pas utiliser trop de canaux. Sur mon ordinateur je limite le nombre de pistes. Je préfère travailler avec peu de sons et plus travailler les effets. On doit pouvoir utiliser très peu de son pour créer une chanson, comme ça les effets qu'on leur applique ont davantage d'impact. On peut obtenir quelque chose de très imposant avec peu de sons.

Vous manipulez aussi beaucoup votre voix pour la faire sonner masculine ou monstrueuse, étrange... Ca a quelque chose à voir avec ce que vous disiez sur le fait que votre musique n'a pas grand chose à voir avec vous personnellement ?

Karin : Il y a une hiérarchie dans ma musique, dans laquelle les voix sont au même niveau que tous les autres instruments. Alors je les traite comme n'importe quel autre son.

Vous avez utilisé plus d'instruments live pour ce disque, il paraît, mais ça ne s'entend pas vraiment...

Karin : J'ai joué de la guitare mais je l'ai samplé et programmé, et je n'ai pas joué une seule chanson en entier.

Vous travaillez avec votre frère en tant que The Knife sur un opéra inspiré par Charles Darwin. Comment vous en êtes arrivé là ?

Karin : Ca fait un an et demi qu'on bosse là-dessus. Ca ne sera pas une mise en scène chronologique de sa vie, on s'intéresse plus à l'écriture de L'origine des espèces. Ca représente environ cent minutes de musique. La première est pour septembre.

Vous pensez que vous avez un devoir de défendre Darwin face aux créationnistes ?

Karin : En Suède et en Scandinavie, on n'a pas de créationnistes. J'ai été choquée de découvrir qu'un tiers des américains sont créationnistes. La théorie de l'évolution est très importante pour nous. C'est saisissant quand on voit la diversité de la vie autour de nous, on se dit que ça n'a pas pu être créé comme ça par un seul type.

Vous pensez que c'est la même chose en musique, que son évolution n'est pas le fait d'individus isolés mais de tout un environnement et que la théorie de Darwin peut s'appliquer à l'évolution culturelle ?

Karin : Absolument. Les écrits de Darwin s'appliquent assez facilement à la musique. Avec mon frère nous allons chercher d'autres artistes avec lesquels collaborer pour s'ouvrir de nouveaux horizons, comme nous l'avons déjà fait avecRobyn. En ce moment nous bossons avec une fille à Berlin qui se fait appeler Planning To Rock.

2goldfish.

Fever Ray, à voir en concert le vendredi 4 décembre aux Transmusicales de Rennes -

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