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Interview de Fink


Fink, le folk en finesse


Exténué par une journée promo sur les chapeaux de roue, Fink nous raconte, entre deux bouchées de brownie et une lampée de thé, la genèse de son dernier album. Par chance, l’homme est avenant et bavard, toujours prêt à discuter quand il s’agit de musique !

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Tu as déjà été interviewé il y a un an par Fluctuat, et à l’époque tu nous parlais de l’enregistrement de Biscuits For Breakfast chez toi. Ca a été différent, pour Distance and Time ?

Oui, cette fois-ci c’était complètement différent, ce n’était pas dans mon loft. Nous étions d’accord pour le faire réaliser par un autre producteur dans un autre studio. Chez toi, ça peut prendre des plombes, juste parce que ton équipement n’est pas à la hauteur. Nous voulions un pro.

A la maison, on veut aussi toujours changer des détails, on perd la vision d’ensemble…
Oui, il y a ça aussi. Du coup, dans le cas de Distance and Time, mon écoute était celle d’un artiste, et non pas celle d’un producteur. Andy Barlow est un producteur génial – écoute son boulot pour Lamb ! Donc ça semblait vraiment cohérent pour nous de travailler avec lui, afin d’obtenir un disque qui corresponde à notre idée. Ca sonne encore un peu "do it yourself" (esthétique clairement assumée de Biscuits For Breakfast), parce qu’en fait… ça l’était, on enregistrait dans la salle à manger d’Andy !

Donc c’est un autre album d’appartement !

Oui, mais avec un meilleur matos. Et nous étions meilleurs musiciens : quasiment toutes les prises (batterie, basse, guitare et chant) ont été des prises uniques. On a donc été rapide sans se soucier de la façon dont ça sonnait, on n’avait qu’à jouer, ressentir le truc. C’est vraiment cool, je pense que c’est la meilleure façon de faire un disque. J’aimerai bien le faire avec Nigel Godrich (producteur de Radiohead, Beck, Air, Travis…). Et là, je vendrais des milliers de disques ! (rires) Travailler avec quelqu’un d’autre, c’est envisager une interprétation nouvelle de notre musique. J’avais fait des démos à la maison, et c’est fou d’entendre la même chanson, la même structure, les mêmes accords, joués de façon identique avec les mêmes musiciens, mais sonner de façon totalement différente ! La vibe est complètement différente. Bien sûr, j’étais là pendant le mixage, mais c’était juste pour se mettre d’accord sur les sons, on sent vraiment la patte d’Andy.

Il y a encore des connexions avec Biscuits For Breakfast dans ce mélange de folk et de traitements électroniques.

Oui, ça reste subtil. J’adore la musique comme ça, avec beaucoup d’effets (NDLR : Fink est aussi DJ). J’aime l’album de Thom Yorke, The Eraser, tout ce que fait Radiohead est génial. Leur approche est assez parfaite, parce que tu ne remarques pas forcément les subtilités mais ça joue dans ton ressenti. D’autre part, je ne voulais pas un disque acoustique "pur", je voulais un bon disque. Et si ça passe par des effets, on les ajoute, je n’ai rien contre ça. En réalité, la plupart des effets ont été enlevés : il y en avait vraiment beaucoup sur les démos… Mais une fois passées en studio, les chansons n’avaient plus besoin de tout ces artefacts, on a conservé que ceux qui faisaient sens.

Les effets servent aussi parfois à cacher des erreurs, ou l’indigence de certaines compositions…

Oui, c’est vrai, et en live il n’y aura plus tous ces effets. C’est un véritable défi, puisque tu ne peux pas cacher tes erreurs. J’adore ça, poursuivre l’idée d’un concert parfait. Mais en même temps, si je me trompe d’accord et que le public s’en rend compte, ça ne me gêne pas, c’est naturel qu’il y ait ces pains. Quand tu es en solo, c’est génial, tu peux te permettre plus d’erreurs et personne ne remarque vraiment, les gens peuvent penser que c’est l’inspiration du moment (rires). A trois c’est impossible ! Jouer dans un trio acoustique, c’est une vraie discipline. C’est dur, mais souvent, le staff de la salle de concert nous dit combien ils ont apprécié le concert. Ces gars voient un grand nombre de groupes bruyants, qui jouent fort et où l’on ne sait plus qui fait quoi. Alors qu’avec Fink, on entend la guitare, on entend la basse, on entend la batterie. Et peut-être que de cette façon on peut entendre la passion qui nous anime ! On a beaucoup de retours positifs des gens qui nous accueillent, et on préfère presque ça aux applaudissements à la fin du concert. C’est tellement gratifiant, parce que ces gars voient des concerts tous les soirs, voire plusieurs par soir !

Quand as-tu commencé à jouer avec le groupe ?

C’est après le premier disque, Biscuits For Breakfast que nous sommes véritablement devenus un groupe. Quand nous avons enregistré Biscuits For Breakfast, c’était mon album : si je voulais une partie de batterie, j’en avais une, si je voulais une ligne de basse j’en demandais une. Et de cette expérience nous sommes progressivement devenus un groupe. Plutôt que de demander des choses aux musiciens, je leur disais : "voilà la chanson, faites ce que vous voulez !". Et ça sonnait super bien. Donc j’ai délégué, puisqu’un batteur s’y connaît mieux que moi à la batterie. Du coup, Distance and Time est vrai album de groupe. Tu peux sentir que l’on a une idée plus précise de ce que nous sommes, de ce que l’on souhaite en tant que groupe. Peut-être que pour le prochain on s’attardera davantage sur la production que sur l’approche "live".

Tu parles en riant de travailler avec Nigel Godrich… te sens-tu prêt à devenir une superstar ?

Non, je ne crois pas que je deviendrais jamais une superstar, mec ! Je ne vais pas faire le grand disque avec les supers refrains, le truc qui te fait planer ou sentir bien. Il y a plein de groupes géniaux, comme Kings of Leon, TV On The Radio, Tokyo Police Club, qui ne sont pas immenses même s’ils ont assez d’argent pour partir à la retraite. Maintenant, ils peuvent se permettre d’avoir un bon studio, un bon producteur, de bonnes salles. C’est un peu mon rêve. Si par accident j’écrit un énorme tube, ce serait cool ; mais je crois pas que ça nous arrivera jamais, et d’une certaine façon je ne l’espère pas. Je ne veux pas devenir ce gars "cheesy", celui qui a besoin d’un tube pour exister.

Il y a pourtant des radio edit de certains de tes morceaux…

Ninja Tune a engagé un professionnel pour fabriquer des radio edits à partir des prises studio. Je déteste la version de "Make it Good". Il y a cet énorme son dans l’intro, c’est dégueulasse, tape-à-l’œil. Mais la version radio de "This Is The Thing" est assez proche : il a rajouté un peu de beat et une ligne de basse. On a utilisé cette version pour le clip, ça marchait bien. Enfin, j’en sais rien, tu sais Ninja Tune doit vendre des disques et plus on est joués à la radio, plus on peut faire de concerts, donc ça nous convient, d’une certaine manière. Le seul truc qui ne marche vraiment pas, ce sont les remixes. On en a fait faire quelques uns, mais ma voix sur des beats, ça colle pas. C’est un peu dommage, et ça explique aussi l’existence des radio edits.

Dans ton interview passée, tu disais adorer Paris… qu’en est-il, un an après ?

Je suis venu personnellement de nombreuses fois durant cette année. J’adore vraiment cette ville, je suis venu environ une fois par mois, au moins. Pas seulement pour travailler ou faire des concerts, mais j’ai rencontré des gens supers ici. Ca me permet de me ressourcer, de partir de Londres.

Ca me fait rire, pour moi Paris est si stressante…

Oui, mais le truc c’est de quitter les endroits que tu connais vraiment, partir ailleurs et te déconnecter. Et Paris est une ville géniale pour faire ça !

François Clos.

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