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Après avoir fait le tour des blogs du monde entier, avoir été adopté par les belges de Soulwax et vu son Sweat Symphony produit par les pionniers French Touch, Alex Gopher et Etienne de Crecy, Flairs aurait pu choper la grosse tête. Pourtant celui qui se dit "Better than Prince" a su garder ses distances avec la hype. Entretien.
Avec Flairs, finalement tu as créé un vrai personnage. Le côté visuel est très important. Tout est cohérent, tes textes, ta pochette, comment as-tu imaginé tout ça ?
Le fait est que j'ai joué avec beaucoup de groupes français en Angleterre et un peu partout dans le monde et à chaque fois on sent vraiment que nous sommes "les français", à l'étranger. J'en avais marre de me faire taper sur l'épaule par des mecs qui venaient me chantonner "Joe Le Taxi" à l'oreille. L'idée derrière Flairs c'était de créer un personnage issu de mon intérêt pour la culture anglo-saxonne, et particulièrement anglaise. Le côté lads, ce mélange d'arrogance et d'humour si particulier vu par un français mais de manière à ce que les français ne sachent plus si tu es anglais, ou à l'inverse, que les anglais se demandent si tu es vraiment français. Sur scène je fais des vannes anti-françaises, ce genre. Je suis tellement dans un personnage que ça marche super bien.
Qui a eu l'idée de cette pochette très parlante et complètement géniale ?
Je suis très ami avec Etienne de Crecy et je travaille également beaucoup avec sa femme, je l'assiste en photo. C'est elle qui a fait la pochette de l'album. La photo est issue d'une série où elle invitait des gens à danser dans le noir sur leur musique pour ensuite les shooter par surprise au flash. C'est un concept connu maintenant puisqu'elle a fait le même truc avec l'album Music Hole de Camille. Mais celle de Sweat Symphony fait partie des premières en fait. Je faisais un peu office de cobaye à l'époque. C'est vrai que nous en sommes super contents, elle est très forte.
Il fallait être gonflé pour se lancer avec un titre comme "Better Than Prince", et en même temps c'est le titre parfait pour créer un gros buzz non ? Comment est né ce titre ? C'est un des premiers morceaux que tu ais enregistré en solo ?
Non, en fait, auparavant il y a eu un EP, The Non PC Song, un single que j'ai sorti en 2003 chez Microbe où j'alignais la French Touch. C'était déjà du décalage, du second degré plein de petites piques gentiment méchantes (rire). Plus jeune j'étais intégralement fan de Prince, spécialement du Black Album et de Dirty Mind. Ces disques sont tellement incroyables, et tellement loin de ce qu'il fait aujourd'hui que j'ai eu envie de faire cette chanson en forme de clin d'œil, histoire de provoquer un peu. Genre, "tu vois, si un petit mec comme moi dit qu'il fait mieux que toi, tu dois réagir !" (rire).

Quand je fais un morceau généralement je navigue sans boussole. J'écoute très peu de musique en fait. Je ne suis pas un collectionneur. J'essaie de ne pas trop me faire bouffer par les autres. Ce que j'ai vraiment adoré cette année par exemple, se résume à l'album de Late of The Pier. Gamin, je plongeais dans la musique, j'étais à fond dans Prince, Pavement, Talking Heads, ce genre. Je me suis mis assez tardivement à la musique électronique, grâce à Super Discount d'ailleurs. J'écoutais un peu la French Touch du début justement. Voilà...
Parle nous du côté production et électrode Flairs, comment travailles-tu l'union du rock et de l'electro ?
"Ne pas se laisser polluer par d'autres musiques", c'est la première loi. La seconde loi, c'est "utiliser peu d'instruments, mais bien". Par exemple, j'utilise de façon récurrente le même genre de sons. Il y a d'abord la basse bien sûr, ensuite le PC avec toujours quasiment les mêmes sons de grosse caisse, des clapes que je fabrique moi-même. Quelques plugins, mais vraiment le minimum, et la guitare. Côté synthé, beaucoup de Juno 60, j'aime bien le son des années 80. En général, je commence de façon minimaliste par les instrumentaux et ensuite j'écris mes textes. A partir de là c'est un peu ce qui me passe par la tête. Ce que j'aime chez les artistes qui me passionnent c'est que l'on reconnaît immédiatement leur son. Pour moi un artiste que l'on retient a forcément une griffe, et je suis assez content de Sweat Symphony à ce niveau. Je pense que globalement, j'ai réussi à poser les bases d'un son qui m'est vraiment propre, même si c'est très pop. A part ça tout est enregistré à la maison avec quelques potes qui viennent m'aider sur certaines prises et qui sont avec moi sur scène.
On sent que tes textes sont réellement écrits, qu'ils ne sont pas là pour habiller la musique, les parties vocales ne sont pas prétexte à créer un simple gimmick, je me trompe ?
C'est vrai que je passe du temps dessus. Il y a beaucoup de rimes, je suis très attaché à cet aspect pop. Au début je voulais d'ailleurs faire beaucoup de "Cockney Rhyming Slang", parce que j'ai longtemps vécu en Angleterre et que j'adore ça. Je faisais tous les festivals, les concerts. Je fréquentais beaucoup de "cockney lads", des mecs à la fois prolo et dandy quelque part. Donc mes textes sont très influencés par cette culture. Avec un peu de fantasme californien aussi. Mais là je n'y suis jamais allé, ça reste un rêve. J'aime bien les faux semblants. Dans mes chansons je déstabilise l'auditeur. Dans "Superlife" par exemple je parle d'un mec qui se balade à Hollywood pour se faire des amis mais avec un flingue à la main. Dans "Re Balls", je parle de ces boules poilues anti-stress qui étaient à la mode à une époque et j'en fais une sorte d'hymne gay déviant et rigolo. C'est mon truc.
Sweat Symphony c'est quand même un peu une machine à tubes non ? Tes titres ont tous un énorme potentiel, tu en es conscient ?
Pas du tout. C'est venu complètement naturellement. J'ai bossé sur cet album entre deux concerts, quand je n'avais pas de travail de studio. Après je m'en suis rendu compte quand il y a eu des réactions sur "Better Than Prince", mais ça ne me touche pas vraiment. Je suis content que les gens aiment évidemment, mais je n'arrive pas vraiment à réaliser que cela puisse aller plus loin, ou très loin, en général. Si c'est le cas, tant mieux, mais pour l'instant gardons la tête froide.
Quand tu es parti en Angleterre, pensais-tu un jour que la France produirait autant d'artistes exportables ?
Non, pas du tout ! A l'époque c'était la grande période de la Mano Negra, des Négresses Vertes, tout ça, moi j'étais plutôt Buzzcocks, Gang of Four, alors tu imagines mon soulagement quand j'étais hors de la France. C'est l'electro qui a fait sauter toutes les barrières, grâce à Motorbass et Super Discount. Aujourd'hui la scène française est totalement décomplexée par rapport à tout ça.

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