Tonight de Franz Ferdinand



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Moins de guitares, (presque) autant de tubes



Les Ecossais qui font danser les filles reviennent avec leur troisième opus, Tonight : moins de guitares, plus de synthés et d’Afrique, pour un disque assaisonné d’electronica et de dub jamaïcain. L’album de la rupture pour Franz Ferdinand ?

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Que le fan se rassure. Plutôt qu’une brutale rupture dans la jeune discographie du groupe, le troisième effort des Ecossais s’inscrit dans un léger mouvement de transition. Et malgré de légers écarts "expérimentaux", on retrouve sur Tonight la bonne vieille cadence funk-rock des deux précédents épisodes.

Premier constat, donc : la "révolution" orange n’aura pas lieu. Mais est-ce vraiment une déception ? Non. Si Franz Ferdinand ne pratique pas la remise en cause totale, il demeure un groupe foncièrement pop, une machine à tube efficace, beaucoup plus racée que la moyenne. Sur Tonight, le groupe a beau faire un pas de côté (electro/dub/tropical), rien de subjuguant à l’horizon. Mais Franz Ferdinand fait le boulot mieux que jamais. Faisons un rapide test, si vous le voulez bien. Le premier single "Ulysses" ? Bof, un peu lourdaud avec ses épais synthés… Mais un tube quand même. "Lucid Dreams", le deuxième single ? Beaucoup plus intéressant, peut-être trop abstrait avec son final d’acid techno… Un tube quand même. "No You girls" ? Pff, encore un tube. "Live Alone", avec ses échos dub et la voix de Kapranos en pleine prise de Beck ? Ne cherchez pas : hop hop et de quatre. Etc, etc.

Les quatre de Glasgow connaissent toujours la recette pour faire danser les filles. Le fan est rassuré. Le non-fan, lui, qui a quand même apprécié le premier album (jusqu’à ce que "Take Me Out" lui sorte par les narines, deux mois plus tard), puis s’est endormi à l’écoute du deuxième (copie conforme du premier en moins bien), le non-fan donc, trouve en partie son compte sur Tonight. L’objet d’abord, est assez séduisant, avec sa pochette "scène de crime à la Weegee". Voilà qui nous change du Bauhaus et de l’esthétique constructiviste. Premier bon point, le côté obscur et "arty", cinématographique mais avec l’ironie en coin – la photo les montre comme s’ils avaient commis un meurtre, en mimant une image de paparazzi. Et puis deuxième bon point, l’album en lui-même, cohérent, construit comme un récit. "Avec un début, un milieu et une fin", comme disent les profs de littérature : les Franz Ferdinand scénarisent une échappée nocturne, avec excitation pré-soirée ("No you girls", "Turn it on"), emballement progressif ("Send him away"), climax dansant ("Bite Hard" et sa batterie contagieuse), et lente retombée aux aurores (le cotonneux "Dream again", la ballade Kinksienne "Katherine Kiss me").

Plus torturé qu’à l’accoutumée, le groupe laisse les synthés s’exprimer sur la majorité des titres, parfois avec bonheur (le puissant "Twilight Omens"), parfois moins (le disco gentillet de "What she came for"). Produit par le Londonien Dan Carey (Brazilian Girls, CSS, Hot Chip), qui a aussi bossé avec Lee Scratch Perry, Tonight est également bardé d’échos dub qui viennent ainsi assaisonner les hits potentiels du quatuor ("Lucid Dreams", "Dream Again"), leur ouvrant un espace jusqu’alors cloisonné par les rythmiques froides du post-punk. Enfin, des aspérités exotiques émaillent tout l’album, notamment sur la superbe "Send Him Away", pop-song construite sur un motif tropical (Kapranos a écouté Ethiopiques). Sans doute rien d’inoubliable dans cet album, mais de bons moments, du plaisir, deux ou trois chansons intouchables, et un groupe qui a le mérite de tenter des choses sans perdre le fil de son brillant songwriting.

Eric Vernay Le 29 January 2009
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