Voulais-je chanter l’amour, cela m’entraînait à la douleur; voulais-je chanter la douleur, cela me menait à l’amour ”
S’il fallait résumer en un mot l’état de Schubert, ce serait le mot ‘libre’. Franz Schubert était en effet totalement libre : c’est le premier grand compositeur à n’avoir pas été au service d’un puissant. Sa vie se passera tout entière à Vienne, ville qu’il ne quittera quasiment jamais. Malgré la mort de sa mère en 1812, Schubert connaîtra une enfance heureuse et ses dons pour la musique se manifesteront très rapidement. Il devient jeune chanteur à la chapelle impériale de Vienne et suit des cours de musique avec Salieri de 1809 à 1813. Ses premières compositions voient le jour alors qu’il n’a que 13 ans. On peut d’ores et déjà voir un certain parallélisme entre Schubert et
Mozart : tous deux viennois, précoces, morts prématurément et ayant produit une incroyable quantité d’œuvres : près de mille sont recensées au catalogue schubertien, dont plus de 600 lieder. Pourtant, si Schubert reproduit un certain formalisme classique, il n’en est pas moins un précurseur, enrichissant ses œuvres de nouveautés harmoniques, mélodiques et surtout rythmiques.
Schubert vivra difficilement, car pauvre et absolument pas reconnu de son temps ; il est cependant entouré d’amis proches et sincères qui le soutiendront tout au long de sa brève existence. Ses échecs amoureux et la syphilis qu’il contracte en 1822 seront d’autres épreuves aggravant la solitude qu’il ressent, la maladie l’emportant après six douloureuses années.
Malgré les difficultés rencontrées pour survivre, Franz Schubert reste un rêveur, passionné de théâtre : il tentera à plusieurs reprises d’écrire un opéra – six essais d’opéras entre 1815 et 1816 – mais ce sera un constant échec : la seule musique de scène écrite par Schubert étant
Rosamunde ; il produira par contre une grande quantité de lieder, s’imposant comme le maître du genre : sa sensibilité, la richesse des sentiments évoqués et la maestria avec laquelle ces pièces sont écrites font de lieder comme
Le Roi des Aulnes (1815),
Marguerite au rouet (1814),
La Jeune fille et la mort (1817), ou encore le cycle de
La belle meunière (1823), de parfaits exemples des chefs-d’œuvre dont était capable Schubert… Le compositeur viennois s’épanouit donc dans la musique de chambre, écrivant quantité de trios, quatuors et quintets, mais ne négligeant pas la musique pour orchestre avec 10 symphonies, dont l’inachevée – la huitième symphonie – et une autre perdue. Conscient du potentiel de la musique populaire, il amorce l’intégration de chansons ou morceaux folkloriques dans sa musique, comme ce sera fait massivement un peu plus tard dans le siècle, en particulier avec l’émergence des écoles nationales. L’intégration de la musique populaire donnera naissance à des valses, des menuets, des marches, des danses, etc. qui seront autant de petits joyaux oubliés. C’est grâce à la génération suivante de compositeurs, comme Mendelssohn,
Schumann ou encore
Liszt, que les œuvres de Schubert ont été arrachées à l’oubli qui les guettaient et qu’elles nous sont parvenues : ce sont eux les premiers qui ont vu dans la musique de Schubert l’annonce du romantisme dont ils allaient être les fers de lance.
Œuvres sélectives : - Les six messes (1815 – 1828)
- Le Chant de esprits sur les eaux (1821)
- Wanderer fantasie (1822)
- Les 24 lieder du Voyage d’hiver (1827)
- Le chant du cygne (1828)
- Les symphonies : la 4ème dite Tragique et la 9ème en Ut majeur (1826)