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Avec les Pixies en référence totémique, la musique des Future Islands est saisissante et aussi portée par des influences new wave, noisy et électro. Le trio installé à Baltimore répond à nos quelques questions avant un deuxième album attendu, et c’est un scoop, pour le mois d’octobre. Pour Future Islands, 2009 sera l’année de la révélation.
Comment est-ce que vous décririez ce que vous faîtes ? "psycho-pop" ? "psychedelic-electro-wave"? "nu new-wave"? "anarchic synth-pop for the blind"?
Sam : On se considère généralement comme un groupe "post wave". On est très influencé par ce qui relève de la new wave mais on est plus un groupe post-punk ou punk dans l'esprit. Ca fait un bail que la new wave s'est cassée la gueule et nous nous sommes formés bien après ça. Les descriptions que vous donnez de nous me vont assez bien également. C'est plutôt une qualité d'être un groupe difficile à ranger dans une case à certaines époques. Je crois que c'est le cas aujourd'hui.
William : Le frère de Sam a dit de nous qu'on était trop chochottes pour être des punks et trop noisy pour être new wave. J'ai toujours aimé cette description. Pour ma part, quand on a enregistré l'album, j'écoutais les Cocteau Twins, Beach House, et les BO de John Waters pour Cry Baby et Hairspray. Ces jours-ci, je suis dans une période Orchestral Manœuvre in the Dark (l'album Dazzle Ships en particulier). Il y aussi un film formidable qui s'appelle Voyage of the Rock Aliens, du milieu des années 80, et qui reste une source permanente d'inspiration. C'est une comédie musicale qui parle de la rencontre d'un groupe du style de Devo (qui vient de l'espace) et d'un groupe genre Stray Cats. Les deux leaders se battent pour la même fille. C'est surréaliste mais extraordinaire.
La basse sonne comme du Peter Hook redevenu sauvage, la voix comme la rencontre incongrue de Joe Cocker et de Ian Curtis. Le synthé joue "les années 80 ne sont pas mortes". Qu'est-ce qui fait l'originalité de votre musique, selon vous et qu'est-ce qui fait que ça marche aussi bien ?
Sam : On fait une musique bizarre, c'est sûr, pour des types comme nous. Et ça marche, je crois. Ca a un sens. Gerrit et moi sommes amis depuis qu'on a l'âge de 15 ans. J'ai rencontré William la première semaine de mon entrée au lycée et nous avons immédiatement échangé des tas d'idées sur la musique et l'art. On est rapidement devenus amis. J'ai l'impression que ce qui caractérise notre musique repose pas mal sur cette notion d'amitié. C'est vraiment chouette de faire tout ça avec mes meilleurs amis. Pour le reste...
Vous évoluez en trio depuis quelques mois maintenant. Est-ce que vous pensez que c'est la bonne formule ? Pensez-vous que vous ajouterez un jour un 4ème membre : un second guitariste ou un vrai batteur ?
William : On marche bien à trois. Je trouve que notre songwriting s'est amélioré et a gagné en impact depuis que nous sommes en trio. Lorsqu'on retournera en studio, nous ajouterons vraisemblablement des percussions et des guitares. Des cordes aussi j'espère. Mais pour le moment, on continue de tourner ainsi, à trois, et on remplace sur scène les autres instruments par des bandes.
Sam : Nous avons parlé de réembaucher un batteur, mais nous ne sommes pas encore prêts. On essaie toujours de savoir où on veut aller. Intégrer quelqu'un d'autre pourrait finalement freiner notre croissance naturelle plutôt que de l'aider. C'est plutôt facile de travailler en trio. On se comprend au quart de tour. C'est chouette.
L'album est un album de seulement 9 titres avec un instrumental étrange, "Pangea", au début, et un titre magnifique de crooner à la fin, "Little Dreamer". Vous ne pensez pas que cela aurait pu renforcer l'impact du disque sur les gens que de prolonger le plaisir un peu plus longtemps ?
William : En entrant en studio, nous n'avions pas de stratégie ni d'idée arrêtée concernant ce qui en sortirait. Nous voulions juste faire un disque dont on serait fier. Nous avions trois ou quatre chansons que nous avions promenés sur scène et nous avons écrit "Old Friend," "Little Dreamer" et "Wave Like Home", juste avant d'enregistrer. Nous n'avons pas vraiment choisi de faire un album court. Ca s'est fait comme ça et, par ailleurs, Surfer Rosa est un album super court, non ?
Sam : Nous avions enregistré quelques chansons supplémentaires mais elles ne s'intégraient pas dans l'ensemble. C'était plus important pour nous de faire un album, quitte à ce qu'il soit bref, qui s'écoute comme un tout, qu'un album qui aurait été truffé de titres de remplissage ou qui aurait sonné, dans sa totalité, déséquilibré pour telle ou telle raison. "Wave Like Home" se pose bien de cette façon et nous en sommes très contents. Je ne pense pas qu'y ajouter quoi que ce soit aurait été une bonne idée. Encore que... nous vendons une version en K7 avec un titre bonus qui s'appelle "Satie", un super morceau instrumental, que j'aurais adoré avoir mis sur le disque original.... Oops...
Il y a un paquet d'excellentes chansons que vous jouez sur scène et qui ne figurant pas sur le disque. "Nu Autobahn", "Pinocchio"... Est-ce qu'il y a un deuxième album dans l'air ?
Sam : "Nu Autobahn" est disponible sur notre premier ep Little Advances. Elle n'est pas si facile à trouver, c'est vrai.
William : Nous avons 5 chansons en effet que nous jouons systématiquement sur scène et qui ne sont pas enregistrées. Nous aimons tester les nouvelles chansons sur scène. "Pinocchio" et "The Happiness of Being Twice" viennent de sortir en single vinyl chez Upset the Rhythm. Mais nous allons retourner en studio dès que nous aurons fini la tournée. Avec un peu de chance, l'album devrait sortir en octobre 2009.
Votre musique fonctionne sur une dynamique particulière. Comment est-ce que vous écrivez en général ? C'est vraiment un travail de groupe ?
Sam : Oui, on écrit la plupart du temps tous ensemble. Lorsqu'on s'y met, on s'installe et on parle de ce qui se passe dans le groupe et pour chacun d'entre nous, de ce qui arrive et de ce qui va arriver. On écrit nos chansons la plupart du temps dans la chambre de Gerrit. C'est généralement lui qui démarre. Il amène un beat ou une ligne de synthé. William brode autour et s'amuse avec des lignes de basse possibles. Je reste assis, j'écoute et j'écris. S'il y a un truc qui attire mon attention ou que j'aime bien, je leur dis "allez y les gars !" et on essaie de prolonger l'effort. Les mots prennent forme à ce stade. C'est à ce moment là qu'on commence à donner une structure à la chanson. Voir ce qu'elle dégage, comment elle s'écoule, sentir ce qu'elle inspire. Ce qui marche, ce qui ne marche pas.... C'est à peu près aussi simple que ça !
"Flicker and Flutter", par exemple, est une chanson incroyable. Hypnotique et dramatique. D'où est-ce qu'elle vient ?
Sam : C'est une chanson qui parle d'une fille avec qui je sortais il y a plusieurs années. J'étais encore à la fac. J'étais un jeune amoureux et elle m'a brisé le coeur. Vraiment. Elle m'a dit qu'elle ne voulait plus JAMAIS me parler et il m'a fallu des années pour l'oublier. Et puis un jour, alors que j'étais sorti d'affaire, mais très difficilement, elle a eu cette idée de m'écrire une lettre douce amère qui a fait remonter à la surface tout ce que j'avais ressenti à l'époque. Mais pas d'une façon agréable et au moment même où je pensais que c'était du passé. J'avais redémarré quelque chose. Ca ne me paraissait pas très cool de remuer les vieux fantômes. Je suis sorti faire un tour et j'ai écrit les paroles de ce qui allait devenir "Flicker and Flutter". C'est une chanson qui parle de se faire larguer, de se remettre de tout ça et surtout de quelqu'un qui essaie de ne plus se laisser blesser à nouveau. "File me away, with all your broken dreams, because that's what you are to me."
"Beach Foam" est ma chanson favorite. Vous jouez serrés. On sent que la ligne de basse et le programming sont intimement mêlés. La séquence vocale est exceptionnelle et vous la chantez avec une telle intensité qu'on dirait que vous pensez à quelqu'un en particulier en la chantant.
Sam : "Beach Foam" est une chanson qui fait référence à l'endroit où Gerrit et moi avons grandi, sur la côté de Caroline du Nord. C'est l'une des premières chansons de Future Islands, écrite après la mort de l'un de nos très proches amis. C'est une chanson sur la solitude, là devant et en dehors de l'eau, l'instant où on espère qu'il y a quand même quelqu'un qui nous attend. Je la chante pour quelqu'un en particulier, c'est vrai. Mais elle n'est jamais là.

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