Live Over Europe 2007 de Genesis

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Torture jusqu'au bout de la nuit

Le DVD/CD Live Over Europe qui reprend en 21 titres une captation de la bande à Phil Collins dans un stade ou une mégasalle se pose comme un énorme point d'interrogation: pourquoi après le départ de Peter Gabriel en 1975, les tacherons qui composaient le groupe ont-ils réussi à surnager et à devenir, défiant tous les pronostics, l'un des groupes les plus imposants de la planète ?
Il y a dans le succès artistique une part insondable et mystérieuse qui échappe parfois à l'entendement. Le Live Over Europe de Genesis en est une belle illustration. Les 4 minutes d'intro instrumentale ("Duke's Intro") qui ouvrent le concert suffisent à désespérer n'importe quel auditeur normalement constitué. La chanson qui suit, "Turn It On Again", est aussi baveuse que bavarde, avec ses guitares invasives, sa mélodie rudimentaire et surtout le chant d'unCollins qui, sur chaque seconde, vient vérifier l'une des règles fondatrices du rock : ne jamais laisser chanter le batteur ! (sauf s'il s'appelle Ringo).

 

Sans qu'on sache si Genesis fait aujourd'hui de la new wave ou du rock progressif, de la daube FM ou une musique-jadis-désignée-sous-le-terme-de-rock, le moins que l'on puisse dire est qu'on ne comprend pas pourquoi les gens applaudissent entre les prises. On aurait pu trouver quelques qualités à "No Son of Mine", pour son texte et son allure fringante, si le groupe n'avait poussé le vice jusqu'à nous en donner pour 7 minutes qui épuisent notre bonne volonté. La version du sympathique et engagé "Land of Confusion" est plutôt agréable mais se prolonge sur une série de titres plus horribles les uns que les autres. Le sentimental "Afterglow" fout le cafard tandis que l'interminable "Hold On My Heart" cherche toujours après plus de 4 ou 5 minutes son idée de refrain. A 12 minutes, "Home By The Sea" donne l'envie de se jeter dans la mer un jour de grande marée et spécialement lorsqu'à mi-course, le titre nous offre un pont instrumental que les idiots de Sigue Sigue Spoutnik auraient trouvé trop laid pour figurer sur l'une de leurs faces B.

La dimension expérimentale de Genesis est aussi douloureuse aujourd'hui qu'elle était exaltante lors de ses premières années, tutoyant un psychédélisme baroque et boursouflé qui repousse les limites du supportable."Mama" ressemble à un long tunnel d'autoroute où l'on serait poursuivi par le fantôme de Frankie Goes To Hollywood. On vous passe les horreurs qui suivent pour signaler que "Los Endos", en 17ème position, est à découvrir et qu'il vaut mieux ensuite aller se fendre la pêche avec le final : "Invisible Touch" (single et album éponyme estampillé 1986) est dans ce désastre un titre qui vous paraîtra aussi bon que n'importe quel Cock Robin, "I Cant Dance" vous passera l'envie de danser, voire d'écouter de la musique, jusqu'à la fin de votre vie.

 

Ceux qui prétendent qu'il en faut pour tous les goûts et toutes les couleurs sont des menteurs. Il n'est résolument pas possible d'écouter ça et de se revendiquer de la race humaine.

Benjamin Berton Le 24 February 2008
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