Veckatimest de Grizzly Bear



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Excès de zèle



C'est avec deux albums et une musique soignée, folk et entourée de choeurs que Grizzly Bear s'est hissé en tête des formations indé les plus appreciées du moment. Une quête perpetuelle de la beauté pure. Une réflexion appréciable, mais un rien vaine et dépourvue d'intention sur leur 3ème opus, Veckatimest.

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Grizzly Bear est un très bon groupe, avec de très bonnes idées, un groupe qui a une identité et qui invente là où d’autres suivent. Ils ont un son, rétro mais pas passéiste, composé d’une multitude d’éléments distinctifs : harmonies vocales délicates, textures sonores à la patine poussiéreuse soigneusement travaillées, arrangements en contre-pied constants, jeu tout en douceur et subtilité… Dans cette musique il y a un niveau de réflexion, de travail et de savoir-faire assez exceptionnel.

Globalement, Veckatimest sonne comme Yellow House, mais le groupe se garde bien de la répétition. Chaque chanson est son propre petit bijou d’orfèvrerie musicale. Sur "Two Weeks", l’une des chansons les plus réussies de l’album, un insistant piano droit assure la rythmique et marque les accords, tandis qu’une guitare au son imposant claque un riff en contretemps au dessus duquel Ed Droste chante avec affectation quelques paroles difficiles à discerner sur l’absence et la langueur, appuyées par un chœur éructant de puissantes onomatopées. La batterie galope derrière et n’hésite pas à frapper fort pour marquer le coup. C’est d’ailleurs la marque de l’autre meilleure chanson du disque : sur "While You Wait For The Others" le batteur n’hésite pas à donner de grands coups sur ses peaux et cymbales pour relever l’intensité de la chanson d’un cran. Sur la plupart des autres chansons, il fait preuve de plus de retenue, travaillant comme ses compères sur des ambiances subtiles et des textures sonores raffinées.

Tout le monde sur ce disque fait de son mieux pour atteindre un idéal de beauté pure, parfaite, et s’y emploie en apportant un soin méticuleux à chaque son. C’est davantage en ça qu’ils évoquent les Beach Boys période Pet Sounds plus qu’à travers une simple similarité musicale. Pourtant, le moment le plus beau de l’album est indubitablement celui où la voix de Daniel Rossen se casse légèrement pour révéler une émotion moins parfaite, plus humaine et tragique que la belle façade du reste de l’album. D’un coup, tout ce qui paraissait beau dans cette musique jusque là ne parait plus que joli en comparaison.

A trop chercher la perfection sonore avant tout, Grizzly Bear a négligé le reste. L’émotion. Le sens. Il y a un grand vide au cœur de cette musique. Une absence de raison d’être. Alors que lors d'une première écoute distraite on pourrait croire que ces gens ont quelque chose sur le cœur qu’ils cherchent à sortir via cette musique si sérieuse, si pleine du sentiment de sa propre importance. Elle s’avère au final vide de toute intention autre qu’esthétique.

Ca pourrait ne pas être un problème, ça ne l’est en tout cas certainement pas pour la plupart des autres artistes de leur label, Warp, spécialiste habituellement de la musique électronique. Quand on entend cependant les Grizzly Bear chanter avec tous les affects de singer-songwriter qui ont quelque chose à dire, cette absence de substance nous laisse un vrai creux à l’estomac.

2goldfish Le 25 mai 2009
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