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Duo électronique empruntant son nom à Euripide, Hecuba est un hybride étrange, mélange de minimalisme, d'electro-pop, d'art vocal et de néo-disco. Andy Warhol, E.T., Michael Jackson, Arthur Russel, Steve Reich, Yoko Ono, THX 1138, voici les références mouvantes d'un des albums les plus puissamment original de la rentrée. Explication avec Isabelle et Jon fondateur d'Hecuba.
- Lire la chronique de Paradise
Comment est né Hecuba, comment vous-vous être rencontré et avez décidé de faire de la musique ensemble ?
Isabelle : Nous nous sommes rencontrés à Brooklyn en 2005 durant une discussion sur un film de science-fiction sur lequel Jon travaillait. Le film était intitulé Annukai et était fondé sur le monologue d'une femme qui était convaincue qu'elle avait été enlevé par des extraterrestres. J'ai fini par jouer le rôle de cette femme et ce fut une expérience incroyable. Nous avons en fait écrit la musique ensemble, dès la première nuit où nous nous étions rencontré. Cela a été, en quelque sorte, une collaboration très naturelle.
Jon était impliqué à fond dans la scène hardcore durant son l'adolescence et a fait partie d'à peu près tous les types de groupe. Lorsque nous nous sommes rencontrés, il travaillait tranquillement sur cette musique électronique vraiment fantastique depuis des années. J'avais déjà composé des chansons basées sur des mélodies et des textes. Elles étaient presque a cappella. Cela a été très cool quand on a commencé à écrire ensemble parce que le musique qui qui en a résulté nous a vraiment surpris tous les deux.
Hecuba a t-il connu d'autres incarnations avant de devenir ce qu'il est aujourd'hui ?
Oui. Après Annukai nous avons monté un projet de comédie musicale intitulée Luh (d'après le nom du personnage principal de THX 1138 de George Lucas). Luh s'est ensuite transformé en un autre projet intitulé Aldiss (d'après le fameux écrivain de science-fiction dont le roman a donné le film de Spielberg, A.I.). Nous avons fait un enregistrement sous le nom d'Aldiss, mais il n'a jamais été rendu public. Nous avons gardé cet enregistrement sur notre ordinateur dans l'espoir de l'exécuter un jour comme un nouveau type d'opéra, avec un orchestre et un casting de comédiens.
Hecuba est né d'un désir de faire de la musique que nous pourrions réellement jouer avec nos moyens du moment. Une musique immédiate et directe. Nous avons toujours voulu faire quelque chose de très accessible et de nous tourner vers le language de la pop. Michael Jackson, Kanye West et Walt Disney sont devenus nos héros. Mais il y avait encore beaucoup d'idées à base de contes et de musique visuelle qui étaient les éléments principaux de nos premiers projets.
Pourquoi avoir choisi le titre d'une tragédie d'Euripide comme nom pour votre projet ?
Hécube est presque l'exact opposé des personnages d'une histoire comme I.A. Par exemple. Elle est très consciente de la douleur que représente le fait d'être un être humain. Elle était humaine, mais par sa lucidité sur la condition de l'homme, les anciens grecs sentaient déjà à quel point elle était reliée à la douleur et à la solitude comme une sorte d'extra-terrestre en quelque sorte. Un peu comme la façon dont Michael Jackson et E.T., l'humain et l'extra-terrestre, incarnent les mêmes archétypes. La tragédie d'Hécube, c'est qu'elle est si profondément humaine et en même temps complètement alien. Cela nous inspire beaucoup.C'est un peu comme ça que nous nous sentons, nous aussi.
Votre musique est totalement orignale. Les seuls artistes à qui on peut vous comparer sont à la limite Arthur Russel, Glass Candy et peut-être Young Marble Giants. Comment avez-vous réussi à créer cette musique, ce disco ascétique pour danse statique ?
Merci, nous aimons cette idée de "danse statique". Nous sommes très conscient de faire autre chose que ce que les gens sont habitués à entendre. Nous avons récemment regardé ce documentaire sur un célèbre architecte qui raconte que son but est de créer des espaces où les gens ont l'impression de ne jamais avoir été auparavant. Il dit que c'est ainsi que les villes doivent être construites pour que les idées commencent à changer dans la société. Nous pensons que ce serait vraiment cool si notre musique avait cet effet sur les gens. C'est intéressant parce que tant de musique aujourd'hui est basée sur la nostalgie. Nous, nous souhaitons faire l'inverse. Cela nous place dans une position intéressante, mais parfois difficile. Les musiciens sont souvent poussés à faire partie d'une scène, alors que nous ne souhaitons aucune allégeance à aucun mouvement, genre ou période même si nous trouvons le travail d'Arthur Russel très intéressant. C'est pareil pour Yoko Ono par exemple, une artiste que nous aimons beaucoup.
Qu'est-ce qui vient en premier, les paroles ou la musique ?
Parfois, la chose que je trouve la plus excitante dans le fait de travailler avec Jon, est de savoir que l'approche de chaque chanson sera différente. Chaque fois c'est comme faire un petit film et chaque film a une telle différence de paramètres et de moyens ! La nuit dernière, Jon a programmé un rythme qui était très groovy. Il a composé tout cela uniquement avec des instruments virtuels, alors j'ai été cherché mon petit enregistreur et on a commencé à garder certains mots et quelques mélodies. Aujourd'hui, nous allons probablement regarder tout cela et voir comment cela s'intègrent. Peut-être qu'on aura besoin d'écrire un peu plus de choses ensemble et peut-être nous faudra t-il ajouter certains instruments réels pour humaniser la perfection du beat électronique. Ou peut-être pas. Peut-être que la perfection c'est la chanson !
Faire Paradise a été une expérience vraiment incroyable car nous avons eu l'occasion de travailler avec des musiciens très différents. Une de mes collaborations préféré était avec un groupe de Chicago appelé le Blue Ribbon Glee Club. Nous les avons rencontrés dans la vieille église où ils répétaient, il y a aussi Butchy Fuego (qui a co-produit certaines des chansons sur l'album) qui a enregistrées avec Jon. C'était vraiment incroyable.
On sent parfois que vous vous laissez hypnotiser par les mots que vous utilisez. Vous employez les mots en mode repeat pour générer une sorte de transe ?
Non, non, nous aimons les répétitions en effet. L'un des spectacles les plus étonnants que nous ayons jamais vu, c'était à l'université Columbia de New York. Steve Reich avait mis en place des rangées et des rangées de marimbas et il y avait des chanteurs. Ils se sont mis a répéter maintes et maintes choses et toute ses répétitions se sont misent à faire de nouvelles choses dans mon cerveau. Sur notre premier EP nous avons une chanson où l'on répète le mot " Oui ", " oui oui oui "... Un homme de San Francisco nous a écrit et nous a dit qu'il l'écoute tous les matins avant d'aller travailler. Et je comprends vraiment ça. il y a quelque chose de rituel dans la répétition qui peut devenir très puissant. Cela peut être à la fois réconfortant et déroutant.
Il y a cet effet dans les oeuvres d'Andy Warhol également. Comment une seule image peut se répéter avec de subtiles variations et détériorer ainsi son sens d'origine tout en donnant une idée encore plus forte de sa signification première. D'une certaine façon, cela procure le même sentiment que de regarder son film de l'Empire State Building pendant 24 heures. C'est toujours le même, mais toujours en évolution. En musique, c'est pareil, la même chose est différente à chaque fois que vous l'entendez. Nous aimons l'idée d'explorer cette idée dans la musique.
Dans vos chansons, vous parlez énormément de musique, du dancefloor et c d'amour. S'agit-il des choses les plus importantes pour Hecuba ?
Oui, Paradise explore une certaine idée du dancefloor. Il s'agit d'imaginer ce qu'un club pourrait être, mais n'est jamais vraiment. Dans notre imaginaire, le club est devenu ce lieu pur, presque comme une église dédiée à la musique. Un trou noir qui retient la lumière et la musique.
Quand nous avons fait cet album nous avons rarement quitté notre studio. Nous sommes restés enfermé presque toute une année et peut-être une partie du sentiment de solitude vient de là aussi. Je me souviens de nuits traînées sur Sunset Boulevard, à regarder par la fenêtre des personnes habillées pour aller en club et c'était comme de regarder un rêve. Un rêve auquel nous nous sentions à la fois entièrement connecté et totalement en dehors. Il y a une ligne dans la dernière chanson de l'album qui dit : "Alors je suis allé au club parce que la musique ne se soucie pas de tout ça ". C'est une ligne très importante pour nous. Je me sens si chanceuse parce que peu importe la façon dont les choses évolueront, nous avons toujours la musique. A tout moment nous pouvons allumer la radio ou aller voir un spectacle, et cela peut changer nos perspectives sur le monde. C'est une chose purement humaine. Je l'ai senti très fort la semaine de la mort de Michael Jackson. Je suis allée à Hollywood Boulevard pour lui rendre hommage et je suis restée debout dans la foule au milieu de gens pendant des heures. Nous étions tous là à partager la douleur de sa perte et puis soudain tout un groupe d'étrangers s'est mit à chanter à l'unisson "I'll Be There". Le pouvoir de la musique est incroyable. Je ne peux pas penser à autre chose que ça.

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