Pianiste et compositeur de renom, Herbie Hancock fut de toutes les aventures de la musique populaire contemporaine, jazz, mais aussi rock, fusion, funk ou disco. Il participa aux fameux enregistrements électriques de Mile Davis, jusqu'à son départ en 1968 et sera le jazzman qui se penchera le premier sur l'électronique dans le jazz. Il s'aventurera jusque dans le hip hop avec son fameux titre "Rock it" produit par Bill Laswell sur l'album Future Shock en 1983.
Né en 1940, à Chicago, Herbie Jeffrey Hancock est un musicien précoce. De formation classique, il s'initie au piano dés l'âge de 7 ans et joue déjà Mozart et d'autres compositeurs classiques à l'âge de 11 ans. Il ne découvre le jazz qu'au court de son adolescence, grâce aux disques des pianistes Oscar Peterson, Bill Evans et George Shearing. Il écoute également les classiques du jazz que sont devenus
John Coltrane ou
Miles Davis. Au cours des années 60, il entame des études au Grinnell College qu'il ne terminera pas car il est engagé par le trompettiste de hard bop Donald Byrd en 1961. Il obtient tout de même son diplôme d'ingénieur électricien et ingénieur du son, dix ans plus tard. En 1962, Herbie Hancock enregistre Takin' Off, son premier album solo pour Blue Note. C'est sur cet album qu'apparaît le fameux morceau "Watermelon Man" qui sera remarqué par Miles Davis. A cette époque Miles Davis cherche à créer un nouveau groupe. Il approche le jeune homme et lui propose une place comme pianiste. Composé de Ron Carter à la basse,
Tony Williams à la batterie et Hancock au piano, ce nouveau quintet de Davis révolutionne l'approche rythmique. Après quelques musiciens de passage, c'est
Wayne Shorter qui apportera la touche finale au groupe avec son saxophone ténor. Les travaux d'Hancock dans ce quintet vont largement marquer son style et sa carrière. Grand accompagnateur, il excelle également comme soutien de la partie rythmique, son jeu dynamique et ses arrangements complexes en font rapidement un des plus grands pianistes du genre. Ensemble, ils développent le concept d'improvisation nommé "Time No Change". Pendant quatre ans, entre 1964 et 1968, Herbie Hancock, enregistre de nombreuses sessions en compagnie de ce quintet. Ses années seront celles des albums Empyreans Isles (1964) et Maiden voyage (1965). Mais Hancock travaille aussi de son côté et sort quelques albums solo tels My Point of View en 1963, Speak Like A Child en 1968 et The Prisoner en 1969. Les années 60 voient Miles Davis s’orienter de plus en plus vers le rock et le funk. A l'été 1968, Hancock est renvoyé par un Davis plus mégalomaniaque et dictatorial que jamais. Cela tombe bien, il comptait quitter le groupe pour former son propre sextet. Il continue cependant à collaborer avec Miles Davis entre autre sur les mythiques albums In a Silent Way, A Tribute to Jack Johnson et On the Corner. En 1969, nouveau changement, Herbie Hancock quitte le label Blue Note. Passionné par les sonorités nouvelles des instruments électroniques, il travaille sur les arrangements du Sounds...and Stuff Like That de
Quincy Jones en 1972. Parmi les claviers fétiches d'Hancock, on trouve le Fender Rhodes bien sûr, mais aussi le Clavinet, l'ARP Odyssey, l'ARP Pro-Soloist Synthesizer et le Minimoog. Auparavant, les sessions Bitches Brew de Davis, on déjà permis à Hancock de se frotter à l'électronique des synthétiseurs. Entre 1971 et 1973, il se lance dans la composition de trois albums expérimentaux sous son propre nom. Il s'agit des célèbres Mwandishi (1971), Crossings (1972) et Sextant (1973) dont le morceau "Hornets" sera repris sur son album Future2Future sous le nom de "Virtual Hornets". Ces albums le placent à la tête des compositeurs expérimentaux et le font évoluer vers la musique contemporaine. Hancock sera aussi l'un des premiers musiciens importants à s'être servi d'un ordinateur pour composer de la musique au début des années 1980. Mais nous n'en sommes pas encore là. En 1973, Herbie Hancock se passionne toujours plus pour le funk et c'est l'année de la sortie de l'immense Headhunters, construit autour d'un tout nouveau groupe (hormis Bernie Maupin qui reste à sa place). Headhunters, avec ses fameux hoquets électros évoquant le chant des pygmées, fait parti des albums visionnaires du jazz, le débordant largement pour explorer d'autres galaxies, celles de la soul, du disco, du funk et des musiques électroniques actuelles. Cet album exigeant sera violement critiqué par les puristes et la fin des années 70 voit Hancock se tourner vers des albums plus commerciaux. Durant toutes les années 1970 et le début des années 1980, Hancock joue avec son quintet personnel, VSOP. Celui-ci qui comprend des membres de l'ancien groupe de Miles Davis à l'exception de Davis lui-même, bien sûr remplacé par le trompettiste Freddie Hubbard. Sous cette formation, il enregistre de nombreux albums live. Il enregistre également un album solo acoustique de piano sobrement intitulé The Piano. Le début des années 80 est marqué par l'intérêt d'Hancock pour le disco. Le titre "I Thought It Was You" sur lequel il chante au vocoder est même un succès en Angleterre, mais une fois encore, son aspect innovateur choque les critiques de jazz et n'intéresse pas le milieu de la pop. En 1983, Herbie Hancock, toujours une longueur d'avance, signe ce qui deviendra le succès planétaire "Rock it", sur l'album Future Shock. Premier morceau grand public contenant un rythme de hip hop (ou break dance) et surtout un scratch du DJ de Brooklyn Grand Master Flash, "Rock it" est toujours aujourd'hui, un morceau mythique. Ce single sera le début d'une collaboration avec le bassiste underground
Bill Laswell, qui marquera les premiers pas de ce qui deviendra l'acid jazz. Future Shock, "Rock it" et son vidéo clip robotique et avant-gardiste seront tout de même récompensés et reconnus comme il se doit par un Grammy awards en 1983. Au début des années 90, Herbie Hancock quitte le label Columbia. En 1994, profondément touché par la mort de son maître Miles Davis en 1991, il sort "A Tribute to Miles" et remporte un nouvel Award. Jusqu'en 2001, Hancock enregistre et produit. On le voit s'exprimer dans l'acid jazz avec Dis Is Da Drum en 1994. En 1997, il signe, 1 & 1, un album duo avec son vieux complice Wayne Shorter. En 2001, Hancock enregistre Future2Future avec Bill Laswell et le platiniste Rob Swift du groupe de hip hop underground The X-Ecutioners. Hancock tourne avec ce groupe et sort Directions in Music, un DVD live, en hommage à Miles Davis et John Coltrane. Toujours actif, en 2005 et 2006, on le voit respectivement signer Possibilities, un album de duos, aux côtés de
Sting,
Christina Aguilera, Carlos Santana,
Paul Simon et
Annie Lennox (entre autres). En 2006, la plupart de ses albums sur Columbia, Verve et Blue Note sont remasterisés et réédités.