Longtemps le flou le plus total aura plané autour de la nationalité d’Herman Düne. La perfection du verbe de Shakespeare, la musique si typiquement américaine, dans son feeling en particulier, il semblait impossible qu’Herman Düne ne soit français. On les présenta comme suédois, et le mythe perdure encore.
En fait, tout cela est à peu près vrai : la fratrie Herman Düne – David-Ivar (encore dit Yaya), André et Lisa-Lund – sont de père français et de mère suédoise. Mais leur son est résolument ancré dans le continent américain, au nord pendant leur première période, et depuis deux albums un peu plus au sud (rythmiques d’amérique latine, cuivres d’amérique centrale).
Herman Düne, le plus grand groupe Américain de Suède. Ou de France.
C’est aux alentour de 1999 que les frères « Herman Düne » s’acoquinent avec le batteur Omé et se produisent un peu partout en France et en Europe. Leur musique est folk, avec des éléments lo-fi, un certain penchant pour la bricole et l’abscence de prise au sérieux. On aura vite fait d’inventer une catégorie pour ces gens-là : l’antifolk, mot tiroir venu de New-York ou d’un autre coin branché de la planète pour signifier le goût retrouvé des choses simples, des chansons au coin du feu sans autre prétention que de plaire, dusse-t-on penser pour de doux rétrogrades.
Dès leur premier disque,
Turn Off The Light paru en 2000 la puissance d’un songwriting simple mais inspiré affirme l’identité du groupe. Les compositions sont partagées entre David et André, et entonnée par la voix un peu aigu, un peu chevrotante du premier, tandis que le second livre des solos épurés sur sa vieille guitare achetée, paraît-il, à Miami.
2001 est une année riche pour Herman Düne : deux albums sont produits –
They Go To The Wood et le sublime
Switzerland Heritage – et leur batteur quitte l’aventure, remplacé au pied levé par Néman Herman Düne. En fait, le groupe s’avère l’une des formations les plus prolifiques qui soient, distribuant des CDR lors des concerts, créant des side-projects à droite à gauche ; ils revendiquent aujourd’hui l’écriture de plus de 400 chansons, ce qui explique certainement la très grande qualité de leur production discographique au final assez restreinte (moins d’une dizaine de disque).
Un nouvel album semble toujours surclasser le précédent, et
Mas Cambios, sorti en 2003, sera pour de nombreux fans l’accomplissement de leur courte carrière. Les franco-Suédois sont très appréciés aussi dans les pays anglosaxons, où ils n’usurpent pas leur 12 Peel Sessions enregistrés pour BBC 1 ou leur chroniques élogieuses dans le NME et la presse américaine. Dans leur sillage, on retrouve d’autres figures relativement connus dans l’antifolk, comme Julie Doiron (qui chantera avec la petite sœur sur
Not On Top), Turner Cody ou Baby Giant. Après un
Mash Concrete Metal Mushrooms de bonne facture, Herman Düne va définitivement sortir des bois en 2005 avec l’album
Not On Top.
Not On Top ? Si, si !
Not On Top présente une première rupture assez significative : les musiciens se sont améliorés et enregistre un maximum en « live », ce qui confère une aura très particulière, intime et touchante à leurs compositions. L’ombre des grands Lou –
Reed et Barlow – n’est pas bien loin… C’est aussi le début d’une collaboration encore actuelle avec l’ingénieur du son anglais Richard Formby, que l’on a vu produire
Hood et Dakota Suite. La presse apprécie, les Inrockuptibles encense le groupe avec raison, et
« Good For No One » ne sort plus de ma tête depuis sa première écoute.
Francoiz Breut débauche la fratrie pour l’écriture de deux morceaux magnifiques sur Une Saison Volée,
« Over All » avec David–Ivar et
« Please Be Angry » avec André.
Comme dans un second souffle, le trio en remet une louche avec l’extraordinaire
Giant. Plutôt que de cultiver l’art tranquille de la chanson folk-rock, ils enrichissent leur palette musicale de cuivres et de percussions. C’est là tout le savoir faire d’Herman Düne : donner l’impression que tout tombe naturellement, sous le sens, alors que les arrangements se densifient et le son se diversifie. En plein milieu du succès (même Télérama leur donne
ffff), André décide d’arrêter de faire de la musique. La nouvelle les surprend en plein milieu de la tournée de Giant, et surprend encore David et Neman lorsqu’on l’évoque. Les composition du frère parti sont de fait moins joués en live, et Herman Düne perd en partie son âme.
Mais plutôt que de se morfondre à l’infini, le duo écrit en 2008 un
Next Year In Zion dans la lignée rythmique et cuivrée de
Giant. Les chœurs féminins, les touches mariachis et les bongos bondissants ne prédisent nullement d’un avenir sombre ; et si l’album impressionne moins que le précédent, il reste savoureux… en attendant la suite.