La République Des Meteors de Indochine



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Drôle de guerre



Indochine, 28 ans d'existence et un 9ème album. Si sur le papier La République des Météors semble annoncer la guerre, il n'en est rien de ses titres évoquant plus un combat mou qu'un réel soulèvement.

Que la sortie du nouvel album d'Indochine, La République des Météors, soit un événement en France pourrait n'être pas bon signe pour la musique (et la jeunesse !) de ce pays.

Le paradoxe Indochine
 
Les limites du groupe sont saillantes et bien connues de tous ceux qui ont, depuis 20 ans, approché les disques du groupe : un chanteur à la voix qui s'effondre sur elle-même au moindre effort (le calamiteux "L World"), parle anglais comme une chèvre thaï, des albums adeptes du garnissage et des textes depuis toujours assez maladroits ("Essuie toi les mains sales juxtaposées/ Comme un refusé je suis parti, je suis un voyage qui me rendra mon naufrage ?" sur le "Go, Rimbaud, Go !").

La République des Méteors
Ce qui étonne néanmoins à l'écoute de cette nouvelle République, et au moment où sort un livre polémique sur le groupe, écrit par le propre frère de Nicolas Sirkis, c'est le talent avec lequel le groupe se réinvente pour explorer les différents segments qui constituent le public d'aujourd'hui. D'après les météorologues Indochine, la France est en guerre et il n'est pas impossible que la révolution gronde dans les rangs de la Légion EMO qu'on imaginait jusqu'ici inoffensive et toute à ses grimages. La République des Météors est un album pugnace à l'échelle du groupe, un album qui marie le romantisme teenage et la conscience politique, un album de combat...mou ("La lettre de Métal") et un poil ennuyeux, voire embarrassant ("Republika", "Je T'aime Tant" décalque mélodique déguisé de "l'Aventurier") mais qui sent bon le goût du sacrifice (l'impeccable "Le Lac") et l'héroïsme paria saveur "si tu me fais mal, je vais te rentrer dans le chou en signe de désespoir... noir" .

A côté des chansons "indochinoises" traditionnelles ("Junior Song", livré en version électrique et en version acoustique, le hit mollasse "Little Dolls", "Play Boy", un désastre vocal sur les garçons qui s'habillent en filles), adressées directement à nos petites têtes sombres, le groupe semble s'amuser à bouffer, en toute sincérité, à tous les râteliers. Sirkis fait son Manu Chao sur le manifeste social-risible "Mexicane Syndicate", pose au révolutionnaire désespéré sur "Le Grand Soir", se change en tribute band de Depeche Mode sur "You Spin Me Round (Like A Record)" et communie à l'Eglise New Wave des premiers temps (We Are The Young, fascinant, "Le Dernier Jour" et ses guitares à la Interpol). Qu'on aime ou qu'on n'aime pas la musique du groupe, on ne peut qu'apprécier d'une part la qualité de la production (de niveau "anglo-saxon" comme on dit quand c'est bien foutu) et l'intensité dramatique portée par le chant désastreux de Sirkis. Si Indochine a le quart de l'influence et du succès qu'on lui prête auprès de la jeunesse, alors la République, la vraie, a du souci à se faire. "Les rafales ont déchiré mes vêtements mais il me reste encore des sentiments. Nos vies reposent sur des casques en métal. Je m'endors sur l'asphyxie générale". Si ce n'est pas un appel à prendre les armes !

Déclaration de guerre

Indochine prêche un nouvel héroïsme assez réjouissant et qui en dit long sur la désespérance actuelle et le sentiment d'oppression ressenti par les malaimés des cours de récré. Un gros tiers des titres parlent d'une guerre qui n'existe pas à ma connaissance mais que le groupe entend enraciner dans la tête des kids. Il ne faudra pas s'étonner si après ça des groupes d'EMO déclenchent des massacres dans les lycées et ont envie de tirer dans le tas. Il n'y aura qu'un responsable : Indochine, le groupe de la frustration, du stupre transgenre et des valeurs du passé. Depuis 28 ans, ce groupe est dangereux et doit être tenu à l'écart des jeunes libéraux qui constituent les forces vives de ce pays. A côté de Sirkis, Jim Jones, c'est Gandhi. On vous aura prévenus, changez désormais de trottoir quand vous croisez les minigoths.

benjamin Le 27 mars 2009