Je t'inventerai / Des mots insensés / Que tu comprendras / Je te parlerai / De ces amants-là  / Qui ont vu deux fois / Leurs cÅ“urs s'embraser  (Ne me quitte pas) ”
Jacques Brel est à la chanson française ce que
Marlon Brando est au cinéma américain et Sarah Bernhardt au théâtre mondial : un mythe indépassable, un phénomène qui aura profondément marqué son époque, au pouvoir de fascination intacte même après sa mort. Le plus grand interprète du répertoire français est, paradoxalement, belge.
Une enfance austère
Né dans la banlieue de Bruxelles, Jacques Romain George Brel passe une enfance assez austère, entre une famille peu réceptive à ses aspirations artistiques et le collège catholique, qui le brouille définitivement avec l’école. Il tue l’ennui du quotidien en composant ses premiers morceaux, qui déplaisent fortement à ses parents, choqués par la violence des textes et l’intensité de l’interprétation de leur fils. Malgré ses échos négatifs, il tente toutefois sa chance à Paris en 1953, mais où l’accueil réservé à ses chansons enflammées n’est guère plus encourageant. En 1955, il finit par s’installer à Montreuil avec sa femme et ses deux petites filles. C’est à cette période que le vent se met enfin à tourner, tandis que « l’abbé Brel » (surnom donné par son ami George Brassens) se produit essentiellement dans le cadre d’organisations chrétiennes. Il rencontre en effet en 1956 deux musiciens qui l’accompagneront toute sa carrière, François Reuber, son orchestrateur attitré, et le pianiste Gérard Jouannest, son accompagnateur scénique exclusif, avec lequel il écrira plusieurs de ses chansons.
L'Olympia et Jacques Brel : une légende
Le deuxième 33 tours de Brel, qui paraît l’année suivante, est celui de la révélation, grâce notamment à "Quand on a que l’amour" ; en 1958, en plus de la naissance de sa troisième fille, il se produit également à l’Olympia, où les spectateurs demeurent subjugués par la fougue du jeune chanteur. Débutant alors une longue série de concerts qui le fait traverser les quatre coins du globe et durant laquelle il profite pleinement de la vie en tournée : excès en tout genre, alcool, femmes, tabac… Ces récitals à l’Olympia se soldent invariablement par l’acclamation du public et de la critique ; son passage au fameux Carnegie Hall à New York envoûte littéralement la presse américaine, qui se perd en commentaires élogieux et dithyrambiques à son égard ; il est alors à l’apogée de sa carrière. Humble et généreux, il n’oublie pas, malgré son nouveau statut, de renvoyer l’ascenseur, en invitant notamment de jeunes chanteurs à assurer ses premières parties.
Lorsque 1966, Brel déclare vouloir arrêter la chanson, le choc est immense : la plus grande vedette du music-hall français se dit exténué des tournées incessantes, tout comme il exprime sa lassitude vis-à-vis de la musique populaire. Ainsi, le 1er novembre 1966, après 3 semaines sur scène, Jacques Brel fait donc ses adieux au public français et à l’Olympia, la salle mythique qui a construit sa légende.
Sur la toile
S’il a mis un terme à sa carrière musicale, c’est que Brel compte se plonger dans de nouveaux projets, comme l’adaptation française de
L’Homme de la Mancha, spectacle musical de Broadway basé sur l’œuvre de
Cervantes, qui se concrétise à Bruxelles en 1968 : la performance délivrée par l’artiste est une nouvelle fois saluée par tous. Le chanteur s’essaie également au cinéma en 1967, en jouant dans
Les risques du métier d’André Cayatte,
Les assassins de l'ordre de Marcel Carné en 1971 ou encore
L’Aventure c’est l’Aventure de
Claude Lelouch en 1972 ; il réalisera même deux films,
Franz (1971) et
Le FarWest (1972). Très affaibli durant ses dernières années par un cancer du poumon, il enregistre toutefois un ultime album en 1977, couronné de succès. Il meurt le 9 octobre 1978 à l’hôpital de Bobigny.
Célébré par
Nina Simone,
David Bowie, Scott Walker, ainsi que par d’innombrables interprètes français, le répertoire de Jacques Brel est l’un des plus riches et inoxydables de la chanson française, faisant du chanteur belge, dont la renommée s’étale par-delà les continents, l’un des plus grands interprètes mondiaux de la seconde moitié du XXe siècle.