Il n'y a guère que
Bill Laswell — hors de son côté "producteur / remixeur" (encore que…) — avec lequel on puisse comparer Jah Wobble. Bassistes tous les deux et donc intrinsèquement amoureux du dub, ils alignent une carrière hors norme. Et font déjà partie de l'Histoire de la musique moderne…
C'est le futur Sex Pistols,
Sid Vicious qui surnomme John Wardle, "Wobble", après une soirée arrosée, en 1973… Quelques années plus tard, après la tornade punk, Jah Wobble a considérablement amélioré son jeu à la basse. Et un certain John Lydon (aka
Johnny Rotten) lui demande de le rejoindre pour intégrer un projet dont les initiales résonnent encore : P.I.L. (
Public Image Limited). Un groupe où figure aussi Keith Levene (
The Clash), Martin Atkins (que l'on retrouvera dans
Killing Joke), Kars Burn (au côté de
Mark E. Smith de
The Fall), John McGeoch (Magazine, Siouxsie), Bruce Smith (
Playgroup,
The Slits), etc.
Sur une rythmique lourde et froide, tout ce beau monde s'empresse de montrer l'estime qu'il porte aux fiévreux du samedi soir :
Death Disco (1979, Virgin). La même année paraît la fameuse
Metal Box qui contient trois EPs oscillant entre post-punk, dub et electro-noise. En 80, l'expérience tourne court mais Jah Wobble d'avancer et "recycle" quelques chutes de studio de P.I.L. avec du dub et des sonorités moyen-oriental dans une première réalisation solo :
Betrayal.
C'est cette tonalité "ethno-dub", couplée à la dynamique du rock et à des manipulations électroniques, qui caractérise encore le travail de Jah Wobble. Du Bedroom Album (1983, Lago Records) à Mu (sur le prestigieux label Trojan en 2005), en passant
Spinner (avec Brian Eno) ou
Heaven & Earth (feat. Nicky Skopelitis, Bernie Worrel, Pharoah Sanders, DXT et… Bill Laswell).
Les sonorités "world" sont également prégnantes dans les formations parallèles qu'il a mis sur pied, comme les Invaders Of The Heart. Combo informel où ont joué, au gré des circonstances, le chanteur de raï Abdel Ali Slimani, Jaki Liebezeit, le batteur de
Can, et une certaine
Natacha Atlas… Sans parler de
Sinead O'Connor qui susurre quelques couplets sur leur tube "Visions Of You" ! Ainsi que David Harrow (alias James Hardway) qui l'accompagnait par ailleurs sur Pulse 8. Un projet similaire (cf.
Radio Morocco) qui n'avait pas laissé
Adrian Sherwood indifférent.
Jah Wobble a notamment multiplié les interventions sur les productions du patron d'On-U Sound. Et les "piges" pour
Primal Scream (
Higher Than The Sun),
The Orb (la basse sur "Perpetual dawn" et "Blue room", c'est lui !),
Bomb The Bass, The Wolfgang Press, Winston Tong (Tuxedomoon). Cherchez l'erreur… Au vu de son palmarès, dont nous n’avons là qu'un faible aperçu, on comprend que le dub soit, pour lui, un vaste terrain d'expérience ouvert sur une gamme de sons presque infinie. Cela explique sans aucun doute l'amplitude — abstract-groove, ambient, dub, synth-pop, spoken-word — de son album
Alpha One Three paru en 2006 sur son propre label 30 Hertz Records.