Jim de Jamie Lidell



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Jim, rejeton soul de l'excentrique Lidell



Jamie Lidell, à l'image d'autres signatures de chez Warp (Homelife ou Vincent Gallo) confirme que le label n'est pas qu'un abris de toqués d'electronica. Sans beat ni bleep, l'album Jim prouve que le flacon compte moins que l’ivresse et que la soul sied diablement bien à Jamie.
La dernière image de Jamie Lidell que je conserve est probablement déformée : un grand escogriffe couvert de papier toilette, en train de beugler des onomatopées sur fond de human beat box samplée. C’était au printemps de septembre 2004, à Toulouse, et Jamie nous avait maltraité les oreilles pendant 50 minutes qui tenaient bien plus de la performance arty que du concert. A l’époque, il était accompagné d’un vidéaste au moins aussi zinzin que lui, retranscrivant sur son corps gesticulant ou dans des plans psychédéliques la musique barrée de l’Anglais : inoubliable. N’ayant pas eu l’occasion d’approfondir l’écoute de Multiply que l’on disait plus chantant et groovy que l’electronica obscure de Muddlin Gear, c’est dans une atmosphère mêlée d’espoir et de crainte qu’un beau matin, Jim a retentit.

A rebours

Un tourbillon gospel qui nous emporte dès les premiers clappements de main de "Another Day". L’impeccable organe de Jamie qui nous entraîne vers des rivages radieux, au volant d’une vieille eldorado fanée par le soleil des sixties. D’un choeur à un autre ("Where D'You Go ?"), le diable anglais nous chatouille les doigts de pied et balaie-brosse nos popotins ramollis. Au son des compos parsemées d’effets joueurs et de petits claviers remuants, Quincy Jones aurait certainement remué la tête derrière la vitre du studio d’enregistrement.

En parfaite Amy Winehouse version mec, Lidell renvoit d’un coup de "Wait For Me" les aspirantes anglaises à leurs tablatures laborieuses. La funk est bien trop festive, la soul trop empruntée pour que l’on prenne Jim au sérieux : en 2004 comme en 2008, Jamie Lidell se défoule et sait rendre son énergie communicative. Il zappe des cuivres de Stevie Wonder ("Little Bit Of Feel Good") aux sons délicieusements tordus d’un Jamiroquai ("Figured Me Out") avant d’asséner un rock dévastateur accompagné de Peaches ("Hurricane"). Transgenre, transgénérationnel, l’album traverse le temps plus vite qu’un sourire ne se dessine sur la bouche de Diana Ross.

Touche-à-tout admirable, Jamie Lidell n’écoute que ses envies, ce en quoi il est très proche d’un autre doux rêveur : le Canadien Gonzales, qui pianote notamment sur… Jim. Quand Gonzales a su biffurquer du hip hop au piano solo, faire l’arrangeur fiévreux ou mielleux (Feist, Buck 65), Lidell, lui, évolue en eaux troubles, tour à tour crooner vénérable (Goodbye Swingtime de Matthew Herbert) ou vénéneux (mon imparfait souvenir de Multiply), chantre swinguant ou performer déraisonnable.

Hors de propos ?

Hier, nous étions ardents défenseurs de la nouveauté, crachant sur les revivals de toutes sortes, et taxant leurs pantins d’opportunistes. Le lendemain nous adulions d’intelligentes citations musicales, affirmant sans scrupule que tout aurait été inventé dans les années 60-70, et qu’il ne restait plus qu’à puiser dans ses trésors. Le critique est une girouette dansante, et par complaisance ou par plaisir avéré, nous tiendrons le second discours pour Jim. Qu’importe que ces chansons aient été écrites il y a 35 ans ou 35 jours, et qu’importe si les fantômes de la Motown renient cet arrogant rejeton : ce qui reste à l’écoute est diablement bon.

Jamie Lidell - Jim
Chez Warp, avril 2008

Jamie Lidell à Rock en Seine 2008, c'est un concert parrainé par Fluctuat !

 

François Clos Le 16 April 2008
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