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A rebours

En parfaite Amy Winehouse version mec, Lidell renvoit d’un coup de "Wait For Me" les aspirantes anglaises à leurs tablatures laborieuses. La funk est bien trop festive, la soul trop empruntée pour que l’on prenne Jim au sérieux : en 2004 comme en 2008, Jamie Lidell se défoule et sait rendre son énergie communicative. Il zappe des cuivres de Stevie Wonder ("Little Bit Of Feel Good") aux sons délicieusements tordus d’un Jamiroquai ("Figured Me Out") avant d’asséner un rock dévastateur accompagné de Peaches ("Hurricane"). Transgenre, transgénérationnel, l’album traverse le temps plus vite qu’un sourire ne se dessine sur la bouche de Diana Ross.
Touche-à-tout admirable, Jamie Lidell n’écoute que ses envies, ce en quoi il est très proche d’un autre doux rêveur : le Canadien Gonzales, qui pianote notamment sur… Jim. Quand Gonzales a su biffurquer du hip hop au piano solo, faire l’arrangeur fiévreux ou mielleux (Feist, Buck 65), Lidell, lui, évolue en eaux troubles, tour à tour crooner vénérable (Goodbye Swingtime de Matthew Herbert) ou vénéneux (mon imparfait souvenir de Multiply), chantre swinguant ou performer déraisonnable.
Hors de propos ?
Hier, nous étions ardents défenseurs de la nouveauté, crachant sur les revivals de toutes sortes, et taxant leurs pantins d’opportunistes. Le lendemain nous adulions d’intelligentes citations musicales, affirmant sans scrupule que tout aurait été inventé dans les années 60-70, et qu’il ne restait plus qu’à puiser dans ses trésors. Le critique est une girouette dansante, et par complaisance ou par plaisir avéré, nous tiendrons le second discours pour Jim. Qu’importe que ces chansons aient été écrites il y a 35 ans ou 35 jours, et qu’importe si les fantômes de la Motown renient cet arrogant rejeton : ce qui reste à l’écoute est diablement bon.
Jamie Lidell - Jim
Chez Warp, avril 2008
Jamie Lidell à Rock en Seine 2008, c'est un concert parrainé par Fluctuat !

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