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Rien ne sera jamais plus comme avant chez Jarvis Cocker. Il ne sert à rien de regretter le leader tricard de Sheffield, le binoclard espion et porte-parole revanchard des déclassés d’Angleterre de Different Class. Ces temps là appartiennent définitivement au passé et au souvenir ému que nous garderons jusqu’à la fin de notre vie dePulp, "l’autre groupe", celui de l’alternative et de l’absence de complexes, celui des grands mouvements symphoniques joués sans orchestre, de la hargne et de la haine de classe dépassées en majesté. Cette musique n’existe plus et a disparu avec la civilisation dont elle se faisait l’écho. Les deux derniers albums de Pulp avaient eux-mêmes changé de sujet, accompagnant la mutation de leur leader, vilain petit canard devenu, par la force de l’art, cygne blanc et artiste consacré. Jarvis, son premier album solo, ne valait pas tripette et pêchait par son absence globale de propos. Further Complications nous rend un Jarvis en pièces détachées, exilé volontaire en France où entre 2 happenings arty, un divorce – enfin, un peu de malheur à se mettre sous la dent -, le compositeur a réappris la faim, la peur et la colère. A défaut de beauté, on bouffera le dérangement jusqu’à la racine. Cocker est de retour et ce n’est pas forcément une nouvelle qu’on accueille avec plaisir. A son meilleur, le chanteur est du genre à saper le moral et à ruiner les illusions.
Cocker Rockeur

La fièvre du samedi noir
Jarvis fait ce qu’il faut pour ne pas perdre tout son public en route. "Leftovers" est une version paresseuse et poussive de "Common People", la joie et l’humour en moins. Jarvis s’effondre avec grâce sur la fin, poussant son ancien personnage (le baiseur d"I Spy") jusque dans ses derniers retranchements à coups de répétitions et de fatigue accumulée. Le refrain ne fait plus illusion. La pop repassera. Le soufflé retombe sur son cuisinier ; l’amour fout le camp avec le champagne du bain. "I Never Said I Was Deep" est une splendide torch song qui aurait pu figurer sur This Is Hardcore. "If you want someone to share your life. You need someone who’s alive.” Il faut aller la chercher.
Retour aux origines encore avec "Homewrecker!". Cette fois, on pense à Separations, à cette lointaine époque où Pulp n’écrivait pas encore pour les masses, déchirait les mélodies à mains nues et peignait des cauchemars éveillés. Further Complications parle superbement de l’amour qui s’évapore et des rendez-vous manqués. "Hold Still" est l’une des plus belles chansons de Cocker : images parfaites ("You’re moving fast but you’re going nowhere", qui dit mieux ?), musique sophistiquée mais qui ne cède pas sur la pop, frissons et désespoir. "Fuckingsong" fait partie des titres ratés qui faisaient le charme de Pulp et ont bâti la légende. "Caucasian Blues" fait partie des titres réussis qui faisaient le charme de Pulp et ont bâti la légende. Cocker dansait jadis sur le fil du rasoir, en sang, entre emballement psyché, option rockab, pochade punk et pop à l’ancienne. Son blues est une horreur et un pur moment de plaisir régressif. Pour ne rien gâcher, Further Complications se termine formidablement bien. "Slush" évoque un "Sunrise" cloué au sol. "You’re in My Eyes", en huit minutes et quelques, se passe de commentaires. Ceux qui connaissent et ont aimé les premiers Pulp ("Sheffield Sex City") en feront sans nul doute leur morceau préféré. Le titre est impressionnant de maîtrise, long et sexy comme une nuit sans fin.
Il y aura toujours des grincheux qui regretteront l’époque où Cocker faisait la nique aux frères Gallagher et à Damon Albarn. Further Complications remet les pendules à la bonne heure : 1982-1985, pas plus tard. Il aura fallu 25 ans à Jarvis pour revenir à son point de départ. C’est ce qui pouvait nous arriver de mieux, même si l’orgue de Candida Doyle nous manque toujours un peu.
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