The Blueprint 3 de Jay Z



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Jay-Z retombe dans ses travers



Jay Z allait-il redresser le niveau d’un hip-hop décadent, perdu dans une dérive mainstream excessive ? Tel était l’enjeu de ce dernier volet de la trilogie Blueprint. Résultat, malgré quelques belles envolées, le Jiggaman ne parvient pas à justifier le buzz suscité par son retour dans les bacs. Pire, il succombe même aux bonnes vieilles ficelles commerciales qu’il a éculées tout au long de sa carrière.
Depuis le temps qu’on annonçait ce Blueprint 3, maintes fois repoussé, l’attente autour du 11ème album du rappeur originaire de Brooklyn avait fini par devenir trop grande. Tel le messie, Jay allait nous sauver de la mode auto-tune dénoncée sur le puissant "D.O.A. (Death Of the Auto-tune)", diffusé en juin dernier. Du haut de ses 15 ans de carrière, il n’avait plus besoin d’édulcorer son rap, comme il l’avait lui-même confessé sur "Moment of Clarity" ("J’ai abaissé mon niveau pour le public et j’ai doublé mes dollars"). C’était l’époque du Black Album, disque au succès critique et commercial aux airs de rédemption après des années à fricoter avec Mariah Carey, R. Kelly et autres artistes susceptibles d’accroître ses ventes de disques.

En dehors d’un Kingdome Come dispensable, Jay nous avait d’ailleurs laissé sur American Gangster, un vrai album concept inspiré du film éponyme. Prétexte pour claquer un disque "quali" où la plume du MC primait sur les samples de pop et les invités putassiers.

La préparation du buzz de Blueprint 3 sentait lui aussi bon le rap de haut niveau. Jay avait d’abord balancé un "Jockin' Jay-Z (Dope Boy Fresh)" avec des lyrics énervés et un gros beat à la Run DMC. Puis, il était apparu sur LE hot track de 2008, "Swagga Like US", qu’il devait d’ailleurs reprendre sur son album. Deux titres qui ne sont finalement pas au menu final de ce BP3.

Puis, patatras. Les extraits balancés juste avant la sortie officielle du disque ("Off That", "Venus vs Mars"), le 11 septembre aux Etats-Unis (8 ans jour pour jour après le premier Blueprint), ont brisé nos espoirs. Une mauvaise impression confirmée par le premier single clipé, "Run This Town", un titre calibré pour les radios avec l’inévitable Rihanna (sa petite protégée). Coup de grâce avec l’écoute de la version finale. Blueprint 3 renoue avec les mauvaises habitudes de Jay-Z : une galerie de titres éclectiques mais incohérents, des beats mous du genou (même Timbaland n’est pas au mieux), des invités à gogo (11 sur 15 titres) qui n’apportent souvent rien du tout. Bref, un de ses disques formatés pour plaire un peu à tous les publics (les girls, les thugs, les puristes, les auditeurs de rock, etc…). En témoigne l’apparition de Empire of the Sun, le duo pop hype du moment.

Bien sûr, on sauvera tout de même de la noyade quelques morceaux plus inspirés, comme le nostalgique "Thank you" et ses cuivres, voire "Empire State of Mind" (avec Alicia Keys). Pas de quoi se relever la nuit, donc, et de nous ôter cette sale sensation d’avoir été lourdement trompé sur la marchandise. "Si les gens me voient prendre des risques, peut-être que tout le monde suivra. Je ne fais pas ça pour l’argent", avait pourtant déclaré Jay-Z deux semaines avant la sortie de l’album. Un beau foutage de gueule…

Edouard Le 15 septembre 2009