Je joue de cette façon car ça me permet d'arriver à créer les sons les plus tordus possible. C'est bien le but, non ? ”
Guitariste légendaire, Jeff Beck n’en demeure pas moins étonnamment anonyme, si l’on compare sa notoriété à celle des deux autres guitar-heros des Yardbirds, à savoir
Eric Clapton et
Jimmy Page. Classé 14e meilleur guitariste de tous les temps par Rolling Stone, lauréat de 4 Grammy Awards, Beck est de ces musiciens maudits, au talent indéniable mais dissipé, porté aux nues par d’éminents critiques du rock mais ayant manqué leur rendez-vous avec la gloire et le succès commercial, pour finalement embrasser la notoriété au porte de la cinquantaine, lorsque les rides ont d’ores et déjà creusés leurs sillons et que les articulations se font plus douloureuses que par le passé.
Jeff Beck, pionnier nerveux
Adolescent fasciné par la guitare électrique (au point d’en concevoir une avec des matériaux recyclés durant ses heures de loisir), le jeune Anglais lance sa carrière musicale en intégrant en 1965 un groupe devenu aujourd’hui mythique, les Yardbirds, afin de pallier au départ de Clapton. Son passage au sein de la formation sera bref, puisqu’il ne durera que 18 mois, mais déterminante car c’est durant cette courte période que le groupe produit ses titres les plus fameux, tels
"I’m a Man" et
"Shape of Things". Aussi, il ne participera pleinement qu’à un seul album du groupe, éponyme ou plus communément appelé
Roger the Engineer (1966), fortement marqué par les expérimentations de Beck et qui est considéré par des observateurs comme un disque séminal pour le heavy metal.
Le jeune guitariste, influencé par le rhythm’n’blues et le jazz, possède un style très personnel et innovant, étant un des pionniers dans l’emploi de la fuzz box, de la distorsion ou du feedback, participant ainsi grandement, avec notamment Pete Townshend et
Jimi Hendrix, à la construction du son de la décennie à venir. Visionnaire,
Antonioni choisira d’ailleurs le groupe pour la scène de concert de
Blow-Up, chef-d’œuvre représentatif s’il en est des swinging 60’s, et où l’on peut voir un Jeff Beck furibond démolir sa guitare, agacé par trop de problèmes de son ; cette image est amusante, connaissant la légende tournant autour du style de jeu si particulier du Yardbird, soi-disant dû aux états d’âme du guitariste, qui avait tendance à passer ses nerfs sur son instrument. Jeff Beck finit par quitter les Yardbirds pour diverses raisons, l’assertion la plus acceptée affirmant qu’il s’agissait avant tout de raisons médicales.
En groupe et en solo
Pourtant, dès l’année suivante, Beck forme le Jeff Beck Group et engage au chant et à la guitare deux jeunes débutants, respectivement
Rod Stewart et Ronnie Wood. Résulteront de cette collaboration deux albums, dont
Truth (1968) – album qui aura lui aussi une influence remarquable sur le heavy metal –, le groupe se dissolvant suite à des tensions entre musiciens et à la santé lâche de Jeff Beck. Rétabli, il embauche de nouveaux membres et reforme le Jeff Beck Group et enregistre deux nouveaux albums, aux influences très soul. Le guitariste s’associera aux anciens du Group, le bassiste Tim Bogert et le batteur Carmine Appice, pour constituer le « super-groupe » Beck, Bogert & Appice, qui n’enregistrera qu’un disque, à l’accueil mitigé.
C’est en solo que Jeff Beck connaît son succès commercial le plus éclatant, avec
Blow by Blow (1975), produit par le légendaire
George Martin, disque de jazz-rock acclamé tant par les critiques que par le public. Ce pic de notoriété marquera également le début de la fin de la carrière de l’Anglais, s’éloignant progressivement de la vie musicale durant les années 1980 et 1990, enregistrant de moins en moins et ne se produisant plus sur scène que lors de concerts-événements au côté des ex-Yardbirds, Clapton et Page, mais aussi de
Sting, Phil Collins ou
Bob Geldof.