Parmi les compositeurs de musique contemporaine, John Cage est probablement le plus connu de tous. Il nait à Los angeles et apprend rapidement le piano avec une de ses tantes. S’il réussit de brillante études secondaires, il est plus hésitant quant à la suite de son cursus. Il vient à Paris en 1930 pour commencer des études d’architecture qu’il abandonne au bout de six mois ; il étudie également la peinture tout en prenant des cours de piano avec Lazare Lévy. Cage commence à composer en voyageant à travers l’Europe. Il rentre à Los Angeles en 1933 et devient l’élève de Richard Bühlig, pianiste adepte du dodécaphonisme. John Cage présente ses premières compositions à Henry Cowell – Six Short Inventions, Sonata for Two Voices, Sonata for Clarinet – qui le prend alors comme élève à New York. En 1934, Cage apprend le contrepoint avec Arnold Schönberg, le théoricien du sérialisme et inventeur du dodécaphonisme.
C’est en 1937 que Cage fait une rencontre décisive en la personne de
Merce Cunningham, danseur et chorégraphe. Ce dernier devient l’ami du jeune musicien et ainsi naîtra
Construction In Metal. Tout son travail de musique pour les spectacles vivants commence alors, puisqu’il débute en 1938 avec le ballet
Bacchanale de Sylvia Fort pour lequel il invente le "piano préparé", technique qui consiste en l’insertion d’objets, généralement métalliques, entre les cordes du piano, ce qui produit un timbre très différent de celui attendu ; il faut tout de même noter que
Erik Satie exploite déjà sur certains morceaux une technique similaire… Cage est également l’initiateur de la musique concrète – en Europe, après la seconde guerre mondiale, la France et l’Allemagne seront les foyers de la musique électro-acoustique et concrète – puisque dès 1939, il compose une pièce pour 2 électrophones, sons sinusoïdaux, pianos et percussions :
Imaginary landscapes n°1. Ainsi Cage devient-il le premier représentant de l’Electronic Live Music, mouvement qui va prendre une grande ampleur les années suivantes et jusqu’à la fin des années 70, et dont feront partie des artistes comme Yannis Xenakis.
Sa relation avec Merce Cunningham devient collaboration en 1944 lorsqu’il compose la musique du ballet
Credo in us. En 1947, il étudie la musique indienne, comme le feront par la suite nombre de compositeurs de musique contemporaine – en particulier les représentants du mouvement minimaliste :
La Monte Young,
Philip Glass etc. Ainsi nacquirent
Sonates et Interludes en 1947, pièce pour piano préparé qui explore les neuf émotions permanantes de la tradition indienne. Commence ensuite pour Cage l’introduction de manière systématique d’une dimension aléatoire dans ses morceaux. L’intervention du hasard n’est en aucun cas un abandon du compositeur ni une recherche du chaos, mais plutôt une volonté de donner à chaque composante du morceau : notes, timbres, rythmes et même musiciens, une liberté d’action qui leur confère une indépendance, une autonomie. Une des pièces connues pour cela est
Imaginary Landscape n°4, pièce pour 12 postes de radios datant de 1951. Il est évident que le morceau ne peut absolument jamais être reproduit à l’identique – tendance que l’on retrouve chez beaucoup d’artistes de l’art contemporain – et qui devint le "happening". Le premier happening de l’histoire est donc dû à John Cage en 1952 avec le morceau
4’33’’ : c’est une pièce pour n’importe quel instrument – plus généralement le piano – au cours de laquelle l’interprète doit respecter tout le cérémonial voulu par son instrument – réglage de la hauteur du siège pour le pianiste, position de la pointe pour un violoncelliste etc. – et de se mettre en position de jouer – mains au dessus du clavier, archer au-dessus des cordes – et de ne rien faire pendant 4 minutes et 33 secondes. Ainsi, c’est la salle, le public qui "compose" le morceau par son attitude, ses réactions, les inévitables raclements de gorges et j’en passe. Inutile de préciser que la première fois, ça a surpris…
À partir de 1954, Cage s’intéresse aux champignons et particulièrement au lien qu’ils ont avec la musique ( !), ce qui fera de lui un mycologue réputé. Ses compositions font de plus en plus intervenir des enregistrements de sons concrets et sont de plus en plus ambitieuses. Le recours au hasard se fait toujours, que ce soit au niveau de la composition ou au niveau de l’exécution. À la fin des années soixante, Cage s’adonne également à l’écriture et à la poésie qu’il mélange avec la musique. Il est l’un des innovateurs les plus importants pour la musique savante du XXe siècle et son influence n’a toujours pas cessé de se faire sentir aujourd’hui.