Saxophoniste de jazz serait une définition impropre, et bien trop peu réflective de la carrière de John Zorn. Multi-instrumentaliste, producteur, compositeur, l’Américain est surtout un grand musicien avant-gardiste, prônant l’improvisation balisée, et mettant en valeur l’âme intrinsèque de la musique. Sans compromission et se mettant constamment en question, il expérimente, explore les nouveaux territoires, les domaines où la musique peut s’immiscer. Il est alors peu étonnant de voir un tel artiste enjamber aussi facilement ses acquis pour passer du jazz au punk hardcore, en passant par des compositions pour la télévision ou le cinéma. Zorn, bien que paraissant ne connaître que peu de limites, est en réalité un
workaholic, composant sans cesse pour atteindre de nouveaux confinements à approfondir.
A l’âge où la plupart d’entre nous connaissons nos premiers émois grâce à nos groupes préférés, le jeune Zorn à l’âge de 14 ans savait déjà jouer du piano, de la guitare et de la flûte, et s’intéressait déjà de très près, après avoir grandi avec du jazz et le rock’n’roll, à la musique contemporaine déjà très grandement influencé par les travaux de
Karlheinz Stockhausen et
John Cage. Plus âgé, il se fascine pour le free-jazz et la musique expérimentale, qui forgeront son esprit autonome, apprenant à jouer du saxophone suite à sa passion pour Anthony Braxton. Dès l’âge de 23 ans, il sort ses premiers enregistrements qui mettent en place les inspirations expérimentales, laissant apparaître les prémisces d’une véritable volonté d’innover et de construire sa propre philosophie musicale, l’éclatant de tous carcans.
Zorn se fait connaître du grand public grâce à
The Big Gundown : John Zorn Plays The Music Of Ennio Morricone sorti 1985, qui comme son nom l’indique, reprend les œuvres les plus emblématiques du compositeur italien au travers du prisme subjectif de Zorn. Il se lance alors conjointement dans divers projets ; l’un se basant sur des reprises personnelles de compositeurs de jazz comme
Ornette Coleman ou Sonny Clark ; l’autre, lançant sa collaboration avec le monde du cinéma. Il lance sa fameuse série des Filmworks, qui regroupent ses compositions destiné aux bandes-son de films indépendants, de documentaires ou encore de dessins animés. Il forme à la fin des années 80 le collectif Naked City, qui comptera par ailleurs
Mike Patton, qui sera destiné à intégrer des compositions plus vives et agressives, proche du rock et du metal. Quelques années plus tard, il se lancera dans la composition d’œuvres orchestrales. Il s’investit par la suite dans un nouveau groupe, Masada, quartet qui permettra à Zorn de mettre en œuvre des compositions basées sur la culture juive radicale et conservatrice.
En 1995, il fonde son label Tzadik qui recueille de nombreux artistes d’horizons différents, et permet à Zorn de trouver une structure pour sortir ses albums et rééditer ses précédentes créations.