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"Last Nite", c’était il y a déjà 8 ans. Le monde découvrait alors les Strokes, cinq New Yorkais qui se sont imposés comme le groupe de rock le plus influent de leur génération à grand coup de solos de guitare et d’attitude (faussement) négligée. Aujourd’hui, on constate qu’aucun des deux albums consécutifs n’a été aussi bon que leur premier, et les escapades solo n’ont pas fait beaucoup plus que distraire agréablement. Alors qu’il semblait préférer se la couler douce, prêtant à l’occasion sa voix à quelques projets (Danger Mouse), l’architecte principal du groupe, Julian Casablancas, sort finalement son disque à lui, Phrazes for the Young. Si personne ne lui en aurait voulu de rester dans la lignée de ce qu’il a pu faire avec ses compères, Julian avait quant à lui un paquet d’autres idées en tête.

Sur "Out of The Blue", le morceau qui ouvre le bal, on est au plus près de ce que pourrait être un morceau classique des Strokes… du moins au début. Aux lignes de guitare à la Albert Hammond Jr s’ajoutent synthés et effets de pop synthétique. Et on se rend compte très tôt que si cet album fonctionne, c’est notamment parce que les deux points fort de Julian, son sens de la mélodie et sa voix, se marient parfaitement aux sonorités électroniques. Les mélodies sur cet album n’ont pas l’immédiateté de celles d’un Is This It, ce coup de jus immédiat et imparable ; mais c’est comme si ces mêmes chansons étaient passées par un prisme déformant, où elles avaient été allongées, tordues dans tous les sens, pour finalement surpasser les moments de plus intense créativité du quintet. Symptomatique de ces circonvolutions, l’inclassable "River of Brake Lights", avec ces changements de rythmes soudains, ses beats hypnotiques, met un certain temps à convaincre, mais vaut la peine qu’on s’y attarde.
Tous les refrains sont infectueux, et les chansons se dévoilent au fur et à mesure, multi-couches et bien plus subtiles qu’elles en ont l’air. Cette même complexité se retrouve au niveau de la voix et des paroles, et c’est là l’un des tours de force de cet album ; l’attitude désabusée et aigre-douce si propre à Julian Casablancas ne perd rien de sa superbe passée au rouleau compresseur de la machine rétro-futuriste des compositions. Bien au contraire, et ce malgré l’instrumentation imposante, on retrouve la voix que l’on connaît, traînante, insolente, mais ici poussée dans des registres que l’on ne lui soupçonnait pas ; c’est sans contexte qu’elle est l’instrument principal de Phrazes for The Young, sa colonne vertébrale. Grâce à un songwriting soigné et inspiré, l’album offre des grilles de lectures qui se dévoilent au fil des écoutes. Dans "Ludlow Street", Julian se balade à New York et raconte l’histoire sa ville ; ballade country (comme l’est aussi "4 Chords of The Apocalypse"), solo de banjo et consonances électroniques, c’est un véritable patchwork de sons servi par les paroles les plus inspirées de l’album. La fin du disque est plus calme, plus contemplative ; on y trouve "Left and Right In The Dark", l’un des plus efficaces refrains de l’album, "Glass", une ballade baroque où Julian nous sort même un falsetto que ne renierait pas Thom Yorke, et "Tourist", qui, s’il clôt dignement l’album avec l’irruption inattendue de cors, laisse indéniablement avec une envie de plus. Phrazes for The Young est peut-être la dernière production stroksienne avant un bon bout de temps ; et quand on devine à son écoute Julian Casablancas prendre autant de plaisir à l’écrire qu’il avait pu en avoir en 2001 on se dit qu’après tout, c’est peut-être pas plus mal.
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