Avec
Scientist, Prince Jammy est un des héritiers directs de
King Tubby, le grand manitou du dub. Il a fait ses classes sous l'égide du maître qui lui a appris toutes les subtilités de l'art du mixage. Un art qu'il perfectionne en développant son propre style. Tous les trois, ils signeront quelques albums assez détonants :
First, Second And Third Generation Of Dub, Dubwise Revolution.
Né en 1947 à Montego Bay en Jamaïque sous le nom de Lloyd James, Prince Jammy entre vraiment dans la carrière à la fin des années 70s avec
Kamikazi Dub, sa première réalisation solo, et un "clash" qui l'oppose à Crucial Bunny :
Dub Contest. Un disque qui rassemble des morceaux dédiés au sound-system de Fatman exilé en Angleterre. Partiellement enregistrés au Black Ark, le studio de
Lee Scratch Perry, et à Channel OneSly Dunbar, Robbie Shakespeare, Tony Chin, Earl Smith…
Outre des albums réalisés avec
King Tubby (
His Majesty's Dub, Dub Gone 2 Crazy),
Lee Scratch Perry (
Dub The Old Fashioned Way),
Yabby You et son alter-ego
Scientist (
Big Showdown, Dub Landing, Strike Back !), Prince Jammy se permet de revisiter "in dub"
Black Uhuru et
Johnny Osbourne. Il est aussi aux manettes derrière des dizaines productions. Dont celles de
Mikey Dread (le fameux
African Anthem),
Sugar Minott,
Dennis Brown, Creation Rebel,
Horace Andy &
Bim Sherman (
In A Rub A Dub Style),
John Holt, The Agrovators (
Kaya Dub)…
A cette époque, disons de 1975 à 1985, le dub a encore un son très roots. Ou plutôt très acoustique, malgré une surcharge d'effets, d'échos, de bribes vocales (
dubwise) et de bruitages qui viennent s'intercaler entre la ligne de basse et le skank de la rythmique et du clavier. Avec des pochettes très BD, tout comme ceux de Scientist à cette période, les albums de Prince Jammy reflètent l'aspect ludique et technologique (
Destroys The Invaders) de la modernité qui pointe malgré tout son nez. Et puis en 1985, Prince Jammy va révolutionner tout ça en forgeant un nouveau son.
Le reggae-dub entre dans l'ère digitale. Casio remplace Gibson… Les machines sont programmées par le tandem Steely & Cleevie. Le son est très synthétique, la basse un peu caoutchouteuse et les mélodies comme les rythmes un peu cheap… Mais l'aspect répétitif de la chose, énorme, s'accorde à merveille avec le débit saccadé des toasters. Cette révolution s'incarne avec Wayne Smith et son immortel tube et album
Under Me Sleg Teng. Un album qui sera décliné en "version" instrumentale sous l'intitulé explicite de
Computerised Dub, sur Greensleeves en 1986. Une bombe. Les titres trahissent les balbutiements de l'informatique : "32 bit chip", "Peek and poke", "256 K ram"…
Prince Jammy va ensuite s'auto-introniser roi, se rebaptisant King Jammy pour mixer et produire des disques dancehall / digital. Les étoiles montantes de ce nouveau courant se nommaient alors Nitty Gritty,
Shabba Ranks, Tonto Irie, Ninja Man, Admiral Tibet, Cocoa Tea, Chaka Demus… Le bon vieux reggae-dub roots, mysthico-politique, s'effaçait au "profit" du
computer style, de ses riddims débités aux kilomètres et de la vulgarité du ragga… Le règne de King Jammy a perduré durant les années 90s et le nouveau millénaire voit se multiplier les rééditions de ce producteur prolifique.