Tout le monde connaît King Tubby à qui l'on attribue la paternité du dub. En fait, il semble que ce soit Rudy Redwood, le "selector" du sound-system Supreme Ruler of Sound maqué avec le producteur Duke Reid (Treasure Isle), qui en soit à l'origine. Au cours d'une séance d'enregistrement, il aurait oublié de capter les voix ! C'est ballot… Mais ça plaît ! Le MC improvise sur cet instrumental et le public reprend les paroles en choeur. Mais surtout, débarrassés des vocaux d'origine, la basse et la rythmique sont encore plus captivantes, hypnotiques. C'est une structure de base pour bien des manipulations sonores…
King Tubby l'a immédiatement compris lorsque son ami
Bunny Lee lui fait découvrir ces "versions". Dès lors, celui qui s'appelle encore Osbourne Ruddock, va complètement s'investir dans cette nouvelle forme musicale. Et c'est bien lui qui posera les bases de ce qu'il est convenu d'appeler le dub. A savoir, pour schématiser, du reggae instrumental chargé d'effets et de ré-équalisations. Nous sommes à la fin des années soixante et "la culture du remix" vient d'être inventée par ce touche-à-tout : King Tubby est réparateur radio et cette formation lui servira pour bidouiller son matériel studio lorsqu'il deviendra ingénieur du son.
Et comme nous sommes en Jamaïque, King Tubby monte son propre sound-system, le Home Town Hi-Fi, histoire d'
amplifier ses productions. Dans les années 70s, le dub devient un genre à part entière. King Tubby règne en maître dans ses studios. Il expérimente sans cesse de nouvelles combinaisons, à la recherche d'effets toujours plus pertinents. Il forme aussi des disciples. Le plus célèbre d'entre eux s'appelle
Lee scratch Perry. Une nouvelle génération suivra : Prince Jammy et
Scientist.
Au fur et à mesure, ses productions s'affinent et les disques "strictly" dub s'accumulent. Du milieu des années 70s au début des années 80s, il est au sommet de son art. Impossible de citer tous ses faits d'armes. Mais il convient de mentionner les albums suivants :
Dancehall Style Dub (1974),
Surrounded By The Dreads (1975, il en existe une réédition en vinyl de couleur, avis aux collectionneurs) et
King At The Control (1981).
Comme le dub est "open source", King Tubby a multiplié les rencontres tout au long de sa carrière. Notamment avec son poulain Scientist (
In A Dub Explosion),
The Upsetters (Lee Perry & Co.), The Observer All Stars, Harry Mudie (
In Dub Conference),
Yabby You, The Agrovators,
Augustus Pablo (le fameux
King Tubby Meets Rockers Uptown), etc.
Il a assuré la technique pour de nombreux artistes comme
Johnny Clarke,
Cornell Campbell,
Delroy Wilson,
Prince Jazzbo,
Glen Brown,
Jacob Miller,
Dr. Alimantado,
Joseph Cotton, etc. Les compilations exhumant ses trésors ne se comptent plus (
Dub Gone Crazy, Fatman Tapes, etc.). Tous les amateurs de reggae-roots et de dub "préhistorique" continuent de vénérer son oeuvre malgré un son qui a un peu vieilli.
Ce qui n'a pas pris de ride, en revanche, c'est l'esprit du dub. Cette manière de re-travailler la matière brute, de la re-composer. De décentrer la part créatrice vers le technicien, souvent à la fois ingé-son et DJ. Tous les codes de la génération techno sont là, des sound-systems aux white labels en passant par la notion de re-mix. Mais King Tubby est mort, en scène pourrait-on dire, plombé dans son studio par un "bad boy" en 1989 juste avant la grande explosion électronique qui engendra d'autres forme de bass-music : ambient-dub, techno-dub, trance-dub, etc.