Souviens-toi de celle qui t’aimait comme un fou, comme un roi, comme une star de cinéma. Et bien Laurent Garnier, lui, t’aimes comme un cleptomane, un collectionneur, un mélomane. Aussi éclectique que 30 a pu l’être, il y a maintenant 12 ans, ce Tales of a Kleptomaniac renoue avec les rythmes hédonistes venus des quatre coins de l’esprit délicieusement tordu de maître Garnier. La techno des débuts est mise en second plan pour ménager de l’espace au dub enfumé, à l’afrobeat enflammé ou au jazz/hip hop brûlant. Autant de joyeuses nuances empruntées aux paysages musicaux que parcourt l’infatigable DJ.
Jamais largué, le pap(a) de la techno démontre un savoir-faire intact après le déroutant
Cloud Making Machine, dont il conserve le goût pour l’hybridation électronique/musiciens acoustiques. Aux petits oignons avec son dernier opus, l’homme est tour à tour laborantin de compositions technoïdes (
"Desireless",
"Back to My Roots", un chouïa moins ébouriffant que par le passé), inquiétant interprète au timbre blanc (
"Dealing With The Man"), humoriste ou pornographe ratés (
"Bourre-Pif" versus
"Pay TV"), et surtout directeur artistique hors pair qui canalise l’interprétation de musiciens ingénieux. En même temps, il en fallait des casquettes, tant le soleil a dû taper fort dans le studio (serpentins et cotillons, s’il-vous-plaît).
Aussi, inutile d’emprunter quatre chemins dans la garrigue pour vanter les mérites de ce cinquième album, véritable cross-over luminescent qui éclairera nos nuits, nos cauchemars (le flippant
"Pay TV") et nos parties de pétanque hard-core à quatorze heure de l’après midi (
"Bourre-Pif"). On vous passe volontiers les images bob-Pastis-cigales-baignade-nue-dans-les-calanques évoquées par le disque, réalisé dans le Sud Est et la bonne humeur avec un crew du cru. Mais quels que soient vos fantasmes estivaux, il y a fort à parier que
Tales of a Kleptomaniac en parle déjà ! Vivifiante palette rythmique ! Méchants petits thèmes qui collent au cerveau réveillé par les chocs des boules de pétanque de quatorze heure trente ! Vilaines envies de se conformer aveuglement à son instinct, et de bouger/danser/aller et venir dans une frénésie incontrôlable ! Et ce feeling, un mot que l’on aurait dû inventer pour la trilogie
"Freeverse part 1",
"Gnanmankoudji" et
"Dealing With The Man" s’il n’avait pas déjà existé !
Saluons au passage la maîtrise du temps de Laurent Garnier, qui construit patiemment chacune des douze histoires de T
ales of a Kleptomaniac, sans perdre son auditoire. C’est une évidence, le DJ fait partie des rares artistes qui n’ennuient pas sur quatre-vingts minutes. Mais qu’importe, puisque la route est longue avant d’épuiser le potentiel d’un tel album.
François Clos
Le 29 May 2009