Comme beaucoup, la seule porte de sortie qui s'offre à Lee Scratch Perry pour échapper à son destin de zonard dans les ghettos de Kingston, en Jamaïque, c'est de devenir chanteur. Mais ses talents vocaux ne sont guère convaincants. Néanmoins, il réussi à travailler pour Coxsone, comme homme à tout faire dans le fameux Studio One. Puis il commence à composer et à produire. Devant le peu de considération et retombées matérielles qu'il en retire (parfois, il n'est même pas crédité), il part voir ailleurs.
Nous sommes en 1966, Rainford Hugh Perry alias Lee Perry a alors 30 ans. Il passe brièvement chez l'ennemi,
Joe Gibbs. Puis décide de tracer son chemin. Il va croiser Toots & Maytals, Prince Buster. Et deux frères, Aston et Cartlon Barrett, soit un tandem basse / batterie autour duquel il va monter un groupe,
The Upsetters, afin d'assurer les sessions dont il a besoin pour ses productions.
Sa route croise aussi celle d'un certain
Bob Marley, accompagnés des Wailers. Lee Perry va littéralement façonner le son du futur pape du reggae dans la première partie des années 70. Il est derrière les albums
Soul Rebel, African Herbsman, Soul Revolution et
Rasta Revolution. Et on lui doit des chansons comme "Duppy conqueror".
Lee Perry est devenu ingénieur du son en partie grâce à
King Tubby, le pionnier en matière de dub, qui va l'initier et l'aider. Ensemble, ils feront beaucoup de sessions (
Megawatt Dub, In Dub Confrontation). Mais Lee Perry a monté son propre studio, le Black Ark. Cette aventure durera 6 ans, de 1973 à 1979, période qui a élevé Lee Perry au rang de mythe pour avoir élaboré des albums incroyables avec la folie comme seule loi… Un son brut mais démultiplié grâce à une multitude d'effets, de bruits et d'inserts tous plus surprenants et délirants les uns des autres.
Un album dub, forcément dub, résume à lui seul le génie créatif de ce schizophrène notoire :
Blackboard Jungle Dub. Il faudrait aussi mentionner tous ceux qui sont passés dans son antre, à commencer par
Junior Murvin,
Max Romeo (
War Inna Babylon),
The Gladiators,
The Congos,
Augustus Pablo… La liste est longue et Lee Perry a laissé son empreinte sur un nombre considérable de productions à l'âge d'or du reggae-dub.
Mais pour capturer cette magie, Lee Perry est passé de l'autre côté du miroir… Il y laisse des neurones. Sa vie personnelle et professionnelle se délite. Son studio part en ruine. Et en 1983, les flammes "purifient" l'endroit :
the Black Ark was too black and too dread… Toutes ses bandes partent en fumées.
Mais les démons sont toujours là… Lee Perry part en Angleterre.
Adrian Sherwood lui redonne ses lettres de noblesse en concevant avec lui et le
Dub Syndicate, deux albums hors du commun :
Time Boom X De Devil Dead (1987) puis
From The Secret Laboratory (1990). Une synthèse entre ses délires et ceux du patron d'On-U Sound.
Avec
Mad Professor, Lee Perry va concevoir des disques qui font référence à sa vie antérieure :
Dub Take The Voodoo Out Of Reggae, Experryments A The Grass Roots Of dub, Mystic Warrior Dub, Supe Ape Inna Jungle… Il va aussi s'autoriser un "extra" avec Dieter Meier, la tête pensante de Yello, sur de la hard-trance :
Technomajikal (ROIR) !
Une rencontre qui ne doit rien au hasard puisque Lee Perry a trouvé refuge en Suisse d'où il ne sort, à 70 ans bien tapés, que pour faire des lives avec un combo de jeunes musiciens, The Whitebellyrats (cf.
Alive, More Than Ever, Damp Music en 2006). Ou expliquer, en agitant des gadgets, la genèse du dub par de mystérieux fluides, les extraterrestres, les battement du coeur, Jah et la ganja…