Leila



Leila Nationalité : Iranienne
Métiers : Productrice de musique, DJ
Label : Warp
Genre musical : Electro
Je n'étais pas à la recherche du meilleur joueur de clavier du monde, mais plutôt d'une personnalité [...]Ce que j'aime chez Leila a plus à voir avec son caractère et où elle va (Björk)
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De Leila Arab, on ne trouve pas grand chose sur le web, sinon les mêmes lignes biographiques impersonnelles, copiées collées. Artiste trop discrète et spéciale pour être appréciée du grand public, on aura beau citer ses multiples collaborations avec Björk (en tournée ou en studio) pour appâter le chaland et justifier sa reconnaissance, rien ne devrait éclipser la folie douce de ses albums studios.

Fuyant le désastre politique iranien au tournant des années 80, elle émigre pour Londres où elle étudie l’audiovisuel et fréquente les milieux électroniques. Ses multiples talents – musicienne, DJ, productrice – font d’elle une personnalité de choix pour Björk, qui l’embarque en tournée pour Debut et Post (son album le plus barré et électro à ce jour). Elle rencontre aussi Richard D. James, alias Aphex Twin, qui permet à son premier album, Like Weather, de voir le jour sur son label Rephlex.

 

 

Comme le temps, une musique changeante…

 

Difficile à cerner, bricolé de samples crachoteux et de synthés analogiques, Like Weather (1998) fascine toujours, dix ans après. Parce qu’il ne ressemble à rien de connu, l’exercice dépasse le simple collage d’ambiances : Leila se pose en chamane sonique, capable d’égarer les sens avant de cueillir son auditeur là où ça fait du bien. Côté pluie, on retrouve des climats inquiétants à la croisée d’un Tricky ou d’un Third Eye Foundation ("Something", "Don’t Fall Asleep", "Blue Grace"), de la drum’n’bass obsédante et maladive ("So Low… Amen"), des balades nauséeuses ("Feeling"). Côté soleil, on citera l’élégiaque "Away" qui sonne comme du Burial presque 10 ans avant, les innocentes mélodies instrumentales ("Piano String", "Underwaters (One For Keni)", "Space, Love"), ou le tubesque "Won’t You Be My Baby, Baby" basé sur un sample funky 60’s de Brian Auger, "Break It Up". Le premier album de Leila est une contrée expérimentale et poétique où il fait bon s’échouer.

Malheureusement, elle paie au prix fort son excentrisme : un statut culte parmi l’intelligentsia branchée, mais zéro reconnaissance en dehors ce qui condamne Like Weather à des ventes relativement confidentielles.

 

La confirmation d’un songwriting bizarroïde et captivant

 

Avec Courtesy Of Choice, tout est dit dans le titre : Leila clame plus haut son indépendance et affirme ses choix personnels. Elle n’a de compte à rendre à quiconque sinon elle, et vole d’un label à l’autre : hier Rephlex, aujourd’hui XL recordings, demain WARP. Conséquence probable de son affirmation en tant que musicienne, un sentiment d’unité souffle sur Courtesy Of Choice. Les grains des voix complémentaires de Luca Santucci, Donna Paul, Leila et Roya Arab rayonnent dans un monde mi-obscur mi-féérique où les carillons enfantins côtoient la stridence d’un Bernard Herrmann. La marmelade laisse en bouche un goût sucré, amer ou piquant suivant que l’on écoute "Work", "Be Clowns" ou "I Won’t Forget". Dans une veine tout à fait personnelle, Leila parvient à faire revivre la candeur maléfique d’un autre sommet de l’électronica, le Richard D. James Album d’Aphex Twin.

 

Ainsi, Courtesy Of Choice est un album surprenant, à la fois sur le plan musical, vocal et sonore. Les éléments semblent avoir été jeté du haut d’une montagne : accidentés, concassés, maltraités, ils sont ensuite re-composés et offrent cette rugosité particulière aux grands blessés. Parfois portée par d’élégiaques nappes organiques (cloches, clavecins, orgues), la musique de Leila longe les corniches escarpées et ne résiste pas à la tentation du vide : grosses saturations ("Gush Goog"), passages bruitistes ("Sodastream") ou sautes brutales de niveau ("Different Times") vous menacent à chaque tournant.

 

L’un des morceaux les plus emblématiques de l’album a d’ailleurs trouvé un écho troublant dans le premier film de Delphine Gleize, Carnages. Tiraillée par une passion naissante et l’absurdité de sa filature incertaine, l’héroïne suit la voiture de l’homme qu’elle convoite alors qu’en musique de fosse, on entend "To Win Her Love", renversant la relation de séduction : ne serait-ce pas la voiture poursuivie de l’homme qui réclame cet amour ? L’héroïne serait-elle manipulée par l’inquiétant manège dont elle se croit pourtant l’instigatrice ? Ce petit jeu est-il innocent, nimbé de l’espoir d’une relation amoureuse ou mène-t-il à ces carnages désatreux qui ruinent une vie ? Je laisse aux curieux le soin de visionner Carnages.

 

 

 

Futur

 

A quoi bon s’inquiéter pour le futur de Leila ? L’electron libre n’a jamais fait part d’un plan de carrière correctement établi. Evoluant encore récemment à l’ombre de Björk – elle participe à Medullà et Drawning Restreint – elle sort son troisième album studio en juillet 2008. Et si l’on en croit son nom, Blood, Looms & Blooms promet d’inquiétantes hybridations.

 

 

Par François Clos

Photos de Leila


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Les titres de Leila

Little Acorns (2008)

Time To Blow (2008)

Mollie (2008)

Mettle (2008)

Heaven Sent [feat. Luca Santucci] (2008)

Ode To Mr Herrman (2008)

Brave (2000)

Work (2000)

From Before...What? (2000)

Sodastream (2000)

Goog (2000)

To Win Her Love (2000)

Owed To Elvin (2000)

To Tell A Lie (2000)

I Won't Forget (2000)

Clowns (2000)

Different Time (2000)

Different Time Reprise (2000)

Young Ones (2000)

Daisies, Cats And Spacemen (2008)

Mettle (2008)

Teases Me (2008)

Carplos (2008)

The Exotics (2008)

Deflect (2008)


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