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Autant vous l'avouer tout de suite, j'aime le disco. Maudit pendant des décennies par la bien-pensance arty, il n'en reste pas moins que ce style a fait beaucoup pour la musique contemporaine. Si l'on croise aujourd'hui autant de projets venus du monde entier se revendiquant du disco, c'est bien la preuve qu'il y avait quelque chose de précurseur dans cette musique. Dilatation temporelle, mélodies foldingues et souvent imparables, roulement de basses, ouverture aux musiques du monde, rythme implacable, usage de tout ce que la technologie de l'époque comptait d'effets et d'instruments délirants, usage du studio comme instrument, passion de l'expérimentation et digressions incontrôlables, bref, tout ce qui fait le sel de la bonne musique de club. Parmi les artistes redevables au disco, citons Compost, Playhouse, Kompakt, Deep Space, Italic, Dial et bien sûr Lindstrom & Sprins Thomas.
Dès l'ouverture de Reinterpretations, on sent l'afflu space disco nous emporter pour plus de dix minutes de jouissance sonore épaisse ("Turkish Delight"). Les échappées tourbillonantes de ce morceau trouvent un écho oriental sur "Claudio". Habités d'une sincérité qui ne laisse aucune place au doute, Lindstrøm et Prins Thomas se croient otu permis et ils ont raison. Le meilleur exemple est "Boney M Down" (sic), qui joue des contraires avec une décomplexion savoureuse. Comme sur "Tempo Tempo", le chaud et le froid s'échangent des amabilités à coup de synthé gelés ou de guitare balnéaires. Dans le même ordre de contraste, le duo place de guillerettes mélodies pop sur un rythme 4x4 pour transcrire avec brio le romantisme flower power des années 70 ("Mighty Girl").
Mais le plus passionnant sur ce Reinterpretations est l'influence clairement kosmische et krautrock de certains morceaux. Le saisissant "Vrang og Vanskelig", pure kosmische planante et poignante, bardée de coup de boutoir kraut (la basse !) et de riffs de synthé bien ventilés en est la preuve. On ne peut pas non plus passer à côté de "Nummer Fire En" et "Nummer Fire To", "le binôme gagnant" comme dirait Jean Michel Ranu. Ces deux morceaux ouvrent à eux seuls un passage vers une dimension spacerock à coup de combo basse batterie jamais vu sur cette planète. En fait, on ne peut passer à côté d'aucun morceau. Le seul que je n'ai pas cité est Feel PM et il est tout aussi excellent que le reste de l'album. Non je ne suis pas payé par Lindstrom, Reinterpretations est bel et bien immense, génial, brillant, indispensable, en un mot comme en cent : flabistouflant.

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