En 1955, lorsque Little Richard envoie une demo à Specialty Records, sur les conseils de Lloyd Price et de Johnny Otis (qui fera connaître Etta James), il n’imaginait pas à quel point il allait changer la donne. Six mois plus tard il reçoit un coup de fil à Macon (Georgie) qui l’invite à venir enregistrer dans les célèbres Studios J&M de la Nouvelle Orléans, repère ancestral de
Fats Domino. Pendant l’une des sessions d’enregistrement, Richard se met à chanter
«Tutti Frutti » comme un fou. Il se met même à hurler et se trompe dans les paroles. En lieu et place de
« Tutti Frutti, good booty », Richard chante
« Tutti Frutti, aw rootie » et renchaîne par «
A-wop-bop-a-loo-bop-a-lop-bam-boom ». Les gens dans le studio sont sidérés, le titre est immédiatement enregistré ! Le rock’n’roll était né ! Non seulement, il explosa à partir d’un coup de délire mais aussi à partir d’une chanson qui parlait ouvertement d’homosexualité (« tutti frutti » étant l’argot américain de l’époque pour désigner une « folle »).
Little Richard, de son vrai nom Richard Wayne Penniman est né en 1932 en Georgie, à Macon. Il est le fils d’une famille de 12 enfants où, comme il le dira en 1979 «
on n’écoutait pas de rythm’n blues.
Tout ce que j'aimais c’était Ella Fitzgerald et Bing Crosby ». Déjà très jeune, « petit » Richard fait preuve d’un grand sens de l’humour et de la répartie. En 1951, à l’âge de 18 ans, il gagne un concours à Atlanta qui lui permet de signer un contrat avec RCA Victor pour quatre enregistrements. Un pianiste du coin lui apprend quelques bases au piano mais en 1952, son père est assassiné. Richard revient à Macon et se met au blues pour le club du coin, le Tick Tock (en parallèle, il fait la plonge dans une cafétéria). C’est de cette année que date sa rencontre avec Bill Wright, un chanteur de blues de la Nouvelle Orléans. Vu l’effet d’osmose que les deux hommes exercent l’un sur l’autre (Richard copie la coiffure du bluesman, son aspect vestimentaire, sa manière de parler, etc), ils ne se quittent plus d’une semelle jusqu’à ce fameux enregistrement au J&M Studios. Soudain, en 1957, Little Richard arrête tout. Il arrête de se poudrer le visage et d’arborer ses curlies, enlève ses bagouzes et ses chaussures fantaisies et s’enrôle dans l’église Pentecôtiste ! Heureusement, en 1962, et lors d’une visite en Angleterre,
les Beatles et les
Stones lui déclarent leur admiration pour son style et ses onomatopées foudroyantes. Little Richard entraînera même les Beatles avec lui pour ses concerts à Hambourg et les Stones ouvriront quelques premières parties avec les Everly Brothers !
Toujours vert, Little Richard se produit en concert avec deux autres légendes séminales du rock'n'roll,
Jerry Lee Lewis et
Chuck Berry, le 14 novembre 2008 au Zénith de Paris.