La richesse de la musique est infinie... chaque note en appelle d'autres. (Linternaute, mars 2006) ”
Difficile, après avoir fait parti d’une formation culte pour beaucoup, de survivre artistiquement en la jouant solitaire ; aussi, même si Louis Bertignac n’aura (pour l’instant) jamais enregistré et sorti aucun grand-œuvre sous son patronyme, il aura toutefois géré l’après-
Téléphone dignement et ingénieusement, mettant en valeur les autres pour se garder sa place à l’ombre, celle qu’il privilégiera durant toute sa carrière.
D'Higelin à Téléphone
Si la France l’a découvert grâce à l’aventure Téléphone, la carrière musicale de Bertignac néanmoins ne commence pas avec la naissance de ce groupe. Passionné par le rock et la guitare depuis l’adolescence, fan des
Stones et de
Led Zeppelin, le jeune musicien est repéré en 1975 par
Jacques Higelin, qui embauche ce qu’il considère alors comme un jeune guitariste plein de promesses : la collaboration durera une année, le temps pour Bertignac de faire ses armes en participant à la tournée de
BBH 75 et à l’enregistrement d’
Irradié, album phare de la discographie de Higelin. Cette expérience est enrichissante, Bertignac ne quittant Higelin que pour acquérir plus d’autonomie et fonde peu de temps après le groupeShakin’Street, projet qui ne fait pas long feu, puisqu’il se dissoudra au bout de quelques mois.
C’est en 1976 que le guitariste décide de former avec Richard Kolinka, Corinne Marienneau (déjà présente à la basse dans Shakin’Street) et
Jean-Louis Aubert – tous des amis de longue date rencontrés pendant ses années lycée à Paris – le groupe qui devait le propulser sous les feux des projecteurs pendant les dix années à venir, Téléphone. Véritable phénomène musical, commercial et socioculturel, la bande de Parisiens collectionne les disques d’or et devient la première véritable formation rock française à goûter au succès populaire, phénomène qu’on croyait alors monopole des Anglo-Saxons.
Louis Bertignac, guitar-hero à la française
Endossant, faute de concurrent, le costume de guitar-hero national, Bertignac est alors au sommet de son art et de sa gloire, concrétisant également durant cette période un rêve d’enfant, puisque Téléphone fit en juillet 1982 à l’hippodrome d’Auteuil la première partie des Rollling Stones de
Keith Richards, un des héros du Français. L’histoire est belle, mais des problèmes d’ego pour certains, des divergences artistiques pour d’autres mettront un terme à dix ans de collaboration fructueuse.
Téléphone se splittera en deux, Kolinka continuant à accompagner Aubert, tandis que Bertignac et Marienneau poursuivent leur chemin côte à côte avec les Visiteurs, nouveau groupe qui sortira deux albums et qui ne rencontreront qu’un succès éphémère. Bertignac enregistre
Elle et Louis en 1993, premier album solo du faire-valoir repenti. Produit par
Tony Visconti, bénéficiant de la participation de
Vanessa Paradis et du réputé batteur
Manu Katché, l’album ne rencontre pourtant pas son public. Peu satisfait des textes de cet album, le guitariste émérite fait la rencontre du parolier Etienne Roda-Gil, venu l’aider sur ses nouvelles compositions. L’album
96, s’il ne présente pas une évolution notable dans le style musical de Bertignac, demeure toutefois énergique et efficace.
Illuminé dans l'ombre
Les années 2000 marquent le retour en grâce de Bertignac, à la fois aux yeux du grand public qu’à ceux des spécialistes, dû à son travail d’auteur-compositeur-producteur sur le premier album de la top-model
Carla Bruni,
Quelqu'un m'a Dit (2003), réussite artistique récompensé d’un succès populaire inattendu, avec 2 millions d’albums vendus. Encouragé par tant d’engouement, il se relance dans le grand bain, enregistrant en 2004
Longtemps, disque sur lequel Carla Bruni lui rend la pareille en écrivant dix des douze morceaux le composant.
Louis Bertignac, musicien de grand talent pleinement épanoui que lorsqu’il est sur scène, restera pour la postérité le guitariste de Téléphone, dont la reformation, souhaité de longue date par Bertignac, attendu et espéré pour les fans, ne saurait conserver son statut de chimère pour très longtemps.