Ce qui suscite mes idées, ce sont des dispositions d’esprit qui s’expriment avec des mots chez le poète, et qui s’expriment chez moi par des sons, résonnant, bruissant, tempêtant, jusqu’à ce qu’enfin ils soient en moi de la musique. ”
Beethoven naît à Bonn en 1770. Il est initié à la musique par son père, sévère et intransigeant, voire brutal, qui découvre en son fils un enfant prodige. Il lui fait donner son premier concert à l’âge de 8 ans, à Cologne. Mais c’est auprès de l’organiste Christian Gottlieb Neefe que Beethoven découvrira véritablement la musique, à commencer par la musique lyrique française et italienne. Il part à Vienne, sous l’impulsion du comte Waldstein, pour voir Mozart qu’il admire profondément. Malheureusement, la mère de Beethoven meurt en 1787, ce qui oblige Ludwig à rentrer à Bonn.
Il a 22 ans lorsqu’il rejoint à nouveau la capitale autrichienne, où il restera jusqu’à sa mort en 1827. Rapidement favori de la haute société viennoise, il se produit comme pianiste virtuose lors de concerts où il éblouit par l’inventivité et l’originalité de ses improvisations. Il compose bien sûr et profite de la démocratisation de l’impression pour éditer ses partitions : il est le premier compositeur à avoir accès à une telle diffusion grâce à l’imprimerie. Il devient ainsi une des personnalités dominantes du monde de la musique viennois. Il revendique un savoir acquis seul, reniant l’enseignement prodigué par
Joseph Haydn ou par tous ses autres professeurs de musique, et ne se reconnaît aucun maître. Il se mure peu à peu dans une forme de solitude, très certainement accentuée par une surdité qui commence dès 1896 mais servie par un ego extraordinaire. Il crée ainsi un style très personnel, totalement inclassable, à la fois en intégrant tout ce qui a déjà été fait, mais en jetant également les bases de ce qui va suivre… Il entame la même année une tournée de deux ans à Prague, Leipzig, Dresde, Berlin et Presbourg, tournée qui est un triomphe total.
Beethoven est aussi féru de techniques instrumentales. Il est à l’affût des améliorations apportées aux instruments et les exploite dès qu’elles sont un progrès. Il travaille ainsi avec Streicher, facteur de pianos – un peu comme
Jean-Sébastien Bach avait participé, en son temps, à l’élaboration de la gamme tempérée à 12 tons égaux – afin d’améliorer l’expressivité de l’instrument. Grâce à Beethoven, on passe de 4 à 6 octaves et demie, mais surtout, le jeu des pédales, la qualité des cordes et la solidité de l’ensemble sont grandement améliorés : le piano moderne, tel qu’on le connaît aujourd’hui voit le jour…
Beethoven compose tout au long de sa vie : les premières sonates sont écrites alors qu’il est encore auxiliaire de Neefe, la célèbre Sonate quasi una fantasia – dite Claire de lune – datant quant à elle de 1802. Sa production connaît cependant un temps d’arrêt vers 1815, après la dernière version de Fidelio, son unique opéra, qu’il livre en 1814. La maladie et les problèmes domestiques le poussent un peu plus dans la solitude, tandis que sa chute de popularité le conduit à mépriser ses contemporains, se tournant exclusivement vers la composition pour les hommes de l’avenir. Malgré sa surdité quasi totale – il percevait cependant encore les vibrations, se couchant sur le piano pour ressentir les sons – il trouve la force de livrer les plus grandes œuvres de la musique savante, à savoir la Grande Sonate, la Messe Solennelle, ou encore la Neuvième Symphonie (1824) – dite Chorale – chef-d’œuvre parmi les chefs-d’œuvre : quintessence de sa musique, extraordinaire élan vers l’avenir mâtiné de désespoir profond, où le virtuose le dispute au génie. Le 26 mars 1827, Beethoven meurt ; les Viennois lui font des funérailles dignes des plus grands : un génie est passé.