The Difference Engine de Luke Solomon



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La face tordue de la house



The difference engine, album d'anti-house déglinguée et exubérante de l'Anglais Luke Solomon. Let's funk !
Quand on dit Solomon, on pense "Freaks" bien sûr. Tout le monde, ou presque, devrait se souvenir du projet housey et punky qu'il menait avec son compère Justin Harris. Hé bien non, tout le monde ne s'en souvient pas, justement ! Malgré un succès d'estime le dernier album du duo ne s'est malheureusement pas vendu... Mais grâce au soutien inconditionnel de Damian Lazarus et de Matt Edwards, aka Radio Slave, l'Anglais s'est remis sérieusement au travail et accouche ces jours-ci de l'épatant The Difference Engine. Freak out !

 

The Difference Engine est le titre d'un fameux roman steampunk (pour faire court, "du cyberpunk à l'époque des machines à vapeur", ou de la "science-fiction victorienne", si vous préférez) écrit par Bruce Sterling et William Gibson. Luke Solomon s'est livré à une lecture assidue de l'œuvre pour s'en inspirer et livrer un premier album solo qui restera comme l'un des trucs les plus dingo qu'il nous ait été donné d'entendre dans la "house music". Ce projet ne manque pas pour autant de cohérence. Solomon se livre ici à une exploration de plus de 30 années, de patrimoine électronique, saluant la fin des 70's, surfant sur les 80's et appliquant ça et là les idées retenues durant les 90's. On y retrouve des clins d'œil à l'acid house made in Chicago ("Skins"), des accents disco et italo, de l'electro funk très moite également, sans oublier des hybrides inclassables. Entièrement mixé, l'album s'aborde comme un vaste continuum électro house baroque et déjanté. Pour le coup c'est vraiment "A Weird and Wonderful Trip into the Mind of Mr. Solomon" !

 

Côté "weird" d'abord, l'Anglais s'est donné pour mission de révéler la face tordue de la house. C'est le cas sur "Junkies And Whores", parfaite bande son pour coma éthylique ou abus de GHB, borborygmes inaudibles, boucles acides et "conscious, so conscious" répété comme un mantra. Autre sommet de groove bizarroïde, "Martin, A Cello And Me" évoque les déconstructions new wave arty du early Tuxedomoon, peu de funk, beaucoup de punk donc. Côté "wonderful", Solomon prouve qu'il est aussi capable de pondre de langoureux moments d'electro house vocale ("Top, Bottom", "People, places Thoughts And Faces"), hypnotique et presque pop ("The Different Engine"), des pièces minimales étranges ("The Darkest Secrets", une batucada éthylique et enjouée) suivies d'envoûtantes ballades electros vrillées, comme ce "Spirits" aux accents balearic délicieusement pervertis. Tout au long de disque, Solomon reste maître d'une musique libre, intelligente et respectueuse. Libre quand il se permet un saxophone sur "The Beat Goes", intelligente quand il inclut un sample de l'écrivain William Burroughs sur "Open Fire", respectueuse dans son hommage au mutant disco de Liquid Liquid sur l'éponyme "Liquid" qui clôt le disque. Avec Solomon, le message est clair : à l'instar de la science-fiction rétrofuturiste du roman de Gibson et Sterling, il y a du bon à regarder par dessus son épaule et à jeter un œil dans le rétroviseur pour envisager la culture - et la musique - de l'avenir.

Maxence Grugier Le 10 January 2008
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