Neil Fraser est né au Guyana, unique colonie britannique d'Amérique du Sud, en 1955. A l'âge de 13 ans, il part rejoindre son père en Angleterre, à Londres. On le surnomme déjà Mad Professor car, plutôt que de jouer au foot avec ses petits camarades, il démonte des radios, bidouillant des diodes et des transistors à la recherche d'un signal… C'est en 1979 qu'il commence sérieusement à s'équiper, après avoir décidé de se lancer dans la musique. Ce n'est encore qu'un home-studio qu'il pense appeler Fraser Sound Lab. Finalement, il opte pour Ariwa. Un mot qui signifie communication en Yoruba (langue et peuple du Nigeria). Il a pour influence
Joe Gibbs, Errol Thompson,
King Tubby et
Lee scratch Perry. En 1982, il publie le premier opus d'une longue série d'albums qui font encore autorité :
Dub Me Crazy. Au total, il y aura 12 chapitres s'étageant jusqu'en 1993 (
Beyond The Realms Of Dub, Escape To The Asylum Of Dub, etc.). Des albums tous plus "fous" les uns que les autres, regorgeant d'effets, d'échos, de bruits, de samples, avec une texture et un son immédiatement reconnaissables. Un peu "space" (
Schizophrenic Dub) et très léché (
Who Knows The Secret Of Master Tape). En 1994, il re-démarre une autre série titrée
Black Liberation Dub qui marque une "évolution"… Il flirte également avec la jungle (cf. Mazurani,
The Jungle Dub Experience) mais les puristes regrettent ses frasques durant les années 80s lorsqu'il a définitivement changé l'approche du mixage et du dub. En parallèle à ses propres réalisations, il accueille bon nombre d'artistes pour lesquels il "recycle" des thèmes et des riddims. Avec ses fidèles Robotiks (
My Computer's Acting Strange) comme musiciens studio, il a produit des lovers (Mother Nature, Aisha), d'honorables reggae-men (
Michael Prophet, U Roy,
Johnny Clarke,
Horace Andy), des toasters (Ranking Ann, Papa Levi,
Pato Banton,
Macka B), des dub-poètes (Kendell Smith, Benjamin Zephaniah) et même des punks : Anti Social Workers et leur album
Punky Reggae Party (sans parler des Ruts DC,
Rhythm Collision). On note aussi quelques passerelles avec On-U Sound au travers des The Syndicate,
Lion Heart Dub sur Century. Mais les "dub-
Adrian Sherwood in…". Il s'est aussi amusé à "dubbiser" des artistes comme
Yellowman (
A feast of yellow dub coocked by Mad Prof. sur Ras Records). Mais ses collaborations les plus marquantes sont celles avec d'autres dub-masters comme
Jah Shaka,
Yabby You et Lee Perry avec lequel il "délire" régulièrement (
Techno Dub, Dub Take The Voodoo Out Of Reggae, Black Ark Experryments, Mystic Warrior Dub, etc.). En 1984, il publie un album d'un collectif méconnu, The Wild Bunch d'où sont sortis ensuite les fondateurs trip hop. Dix ans plus tard,
Massive Attack (cf.
No Protection). Cette entreprise de "déconstruction" lui assure une popularité qui va bien au delà du milieu reggae-dub. Ses gimmicks et ritournelles sont à leur tour samplées (cf. l'intro de "Blue room" de
The Orb). Et Mad Professor est de plus en plus sollicité pour des remixes ou des post-productions (mastering, mixage). Son studio ne désemplit pas. Et son carnet de voyage est également bien rempli : depuis le milieu des années 90s, il sillonne la planète et partage l'affiche de nombreux festivals pour des live-mixes en compagnie de ses poulains (Joe Ariwa).