Eyes Closed ( EP ) de Mangrove



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Clair-obscur orageux



Mangrove, trio parisien inspiré, débarque avec un premier maxi impressionnant de maturité, Eyes Closed. Où l’on parcourt une jetée post-punk en hiver, belle et glacée, traversée d’éclairs mélodiques hérités du shoegaze et sécouée par des coups de tonnerres soniques indus. Bluffant coup d’essai des Français, à se procurer - sans mauvais jeu de mot - les yeux fermés.

La mangrove désigne une végétation tropicale qui se développe dans la zone de balancement des marées. Souvenir d'une enfance passée, pour deux d'entre eux, à Singapour, cette espèce d’aberration naturelle - une forêt qui pousse dans la mer ! - poétique comme tout, a semble-t-il plu aux néo-Parisiens de Mangrove, un groupe qui aime marier les contraires.

Mis en son par Julien Trimoreau, qui produit aussi Nelson et a bossé avec les orfèvres de The National, le premier EP de Mangrove, Eyes Closed, surprend par sa maturité hautaine et mélancolique. Chantés en anglais, les quatre titres dévoilent un univers aussi beau que mystérieux, à la croisée de la nervosité post-punk, des expérimentations indus et des murs sonores shoegaze. Noyée sous des couches de guitares planantes, portée par des rythmes de basses tranquillement martiaux, la voix d’Alexandre Millet émerge, anxieuse et déterminée, parfois tremblante, toujours prête à exploser. Mangrove, c’est un peu comme si Ian Curtis était venu tremper ses gambettes dans les nappes de reverb de Ride. Ou si Slowdive avait cessé de regarder ses pieds, légèrement ravalé son mur du son, et décidé de recruter le crooner taciturne des Jesus and Mary Chain

Superbement écrites, ces quatres chansons sont aussi "pop" et mélodiques que du Radiohead (la magnifique montée en puissance de "Up in the Hills"), souvent tranchantes comme du Joy Division ("Up in the Hills" et sa ligne de basse hargneuse, "From the Valley" emporté par un souffle romantique qui évoque les fiévreux Arcade Fire), parfois dissonantes aussi, distillant une tension profonde, existentielle. Le tître "Karl" trimballe son spleen avec classe et aplomb, tandis qu’"Eyes Closed" révèle le versant plus "radieux" (mais fêlé à la Alex Chilton) et apaisé de la formation, avant de s’assombrir en un saisissant clair-obscur orageux. Electriques, hantés, ombrageux, bienvenue chez les Mangrove.

 

Eric Vernay Le 29 mai 2008
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