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Mangrove, trio parisien inspiré, débarque avec un premier maxi impressionnant de maturité, Eyes Closed. Où l’on parcourt une jetée post-punk en hiver, belle et glacée, traversée d’éclairs mélodiques hérités du shoegaze et sécouée par des coups de tonnerres soniques indus. Bluffant coup d’essai des Français, à se procurer - sans mauvais jeu de mot - les yeux fermés.
La mangrove désigne une végétation tropicale qui se développe dans la zone de balancement des marées. Souvenir d'une enfance passée, pour deux d'entre eux, à Singapour, cette espèce d’aberration naturelle - une forêt qui pousse dans la mer ! - poétique comme tout, a semble-t-il plu aux néo-Parisiens de Mangrove, un groupe qui aime marier les contraires.

Superbement écrites, ces quatres chansons sont aussi "pop" et mélodiques que du Radiohead (la magnifique montée en puissance de "Up in the Hills"), souvent tranchantes comme du Joy Division ("Up in the Hills" et sa ligne de basse hargneuse, "From the Valley" emporté par un souffle romantique qui évoque les fiévreux Arcade Fire), parfois dissonantes aussi, distillant une tension profonde, existentielle. Le tître "Karl" trimballe son spleen avec classe et aplomb, tandis qu’"Eyes Closed" révèle le versant plus "radieux" (mais fêlé à la Alex Chilton) et apaisé de la formation, avant de s’assombrir en un saisissant clair-obscur orageux. Electriques, hantés, ombrageux, bienvenue chez les Mangrove.

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