Si l'on devait élire le groupe britannique qui a le mieux porté la bannière des "working class heroes" et le plus intelligemment revendiqué sa sympathie pour le socialisme, ce ne serait certainement les teigneux d'
Oasis, mais plutôt les Gallois des
Manic Street Preachers.
A l'origine (c'est à dire, depuis 1986), le quatuor, formé de James Dean Bradfield (chant et guitare), Richard (dit "Richey") James Edwards (guitare), Nicky Wire (basse) et Sean Moore (batterie) s'appellait Betty Blue, en forme d'hommage au film de
Jean-Jacques Beineix 37°2 le matin ("
Betty Blue" dans sa version britannique). Le groupe commence à jouer dans les petites salles de leur Pays de Galles d'origine, très provocants (et ils ne cesseront jamais de l'être) sur scène, hurlant des insanités au public. Avec la sortie de leur premier single "
Suicide Alley" en 1989, en forme d'hommage aux
Clash, ils sont aussitôt qualifiés de punk, mais la suite démontrera qu'ils sauront changer de style et passer du rock alternatif à la pop. Un an plus tard, ils sont signés le label Damaged Good Records et sortent un premier EP de quatre titres,
New Art Riot, qui contient des paroles très polémiques, du genre : "
J'ai bien rigolé le jour où Lennon s'est fait buter", signées par la paire Edwards/Wire.
N'hésitant pas à sampler
Public Enemy ou The Skid, les Manics comme on les surnomme gagnent en popularité outre-Manche, entre leurs déclarations assassines vis-à-vis de groupes comme Ride, Slowdive et
My Bloody Valentine et leurs chansons politiques énervées. En 1992, il est temps de sortir un premier album, et ce sera
Generation Terrorists. Toujours dans la revendication et la provoc, cet opus les confirme comme un des meilleurs jeunes groupes britanniques, en marge de l'essor de la Britpop. Mais le comportement du guitariste Richey James Edward commence à poser des problèmes : suicidaire, anorexique et avec un sérieux penchant pour l'automutilation, il est interné en hôpital psychiatrique, et son séjour est payé par le groupe qui enchaîne les festivals. Leur album-culte de 1994,
The Holy Bible, se vendra extrêmement peu mais bénéficie d'excellentes critiques. Le groupe se produit à
Top Of The Pops, et la BBC reçoit un nombre incalculable de plaintes après que Bradfield ait chanté avec une cagoule de terroriste. Les gens avaient alors pensé que les Manics soutenaient les brigades de l'I.R.A. Ce qui n'était bien sûr pas le cas, mais leur réputation sulfureuse est bel et bien assise.
En 1995 surviendra un drame terrible : la disparition mystérieuse du guitariste Richey James Edwards. Sa voiture est retrouvée abandonnée près d'un pont et son corps ne sera jamais retrouvé. Les autres membres se demandent si cela vaut la peine de continuer et s'arrête pendant six mois. Décision est prise de continuer. D'aucuns diront que les Manics y ont perdu leur âme, mais leur album de 1996,
Everything Must Go, sera un vrai succès critique et commercial. Il contient entre autre la chanson "
A Design For Life", écrite par Nicky Wire, qui deviendra un hymne pour la classe ouvrière britannique. Leur attitude sur scène ne change pas non plus, maquillage, boas et plumes et manteaux en panthère sont toujours là, ce grand dadais de Nicky Wire n'hésitant pas à montrer ses slips Burberry en concert.
Les albums s'enchaînent, le groupe travaille avec le grand
Tony Visconti sur plusieurs chansons, leurs textes sont toujours aussi acérée, même si la musique semble s'apaiser un peu (quoique, lorsqu'on écoute "
Underdogs" (2006)...)pour verser doucement vers le rock alternatif. En février 2008, ils obtiennent le plus prestigieux prix décerné par le magazine
NME, celui du génie, que peu de groupes peuvent se vanter d'avoir. En novembre de cette même année, le décès de Richey James Edward est enfin prononcé. Les membres restant avaient continué à verser des royalties à sa famille, même sur les albums où il ne jouait pas. Leur album de 2009
Journal For Plague Lovers est uniquement écrit par Edwards, composé de chansons écrites avant sa disparition.