On l'aime ou on le déteste, mais Marilyn Manson, l'auto-proclamé "Antichrist Superstar", est indiscutablement l'une des personalités les plus célèbres et controversées des années 90.
Ses fans voient en lui un croisé de la liberté d'expression, ses détracteurs comme un
Alice Cooper du pauvre, mais Manson fut le représentant le plus fervant du shock rock des nineties, escaladant les charts par le biais du sexe, des drogues et de l'imagerie Sataniste, toutes mises à contribution pour souligner son message provocateur. Il est devenu un anti-héros mainstream, au grand dam des politiciens et des parents conservateurs.
Avant de devenir le prophète dark que l'on connaît, Marilyn Manson s'appelait Brian Warner, né en 1969 à Canton (Ohio). Brian est un ado intelligent mais rejeté, il surprend un jour son grand père s'amuser dans le grenier avec un tas d'objets pour adultes sexuellement imaginatifs. Il déménage en Floride à 18 ans, où il gagne sa vie comme critique musical. Deux ans plus tard, en 1989, Brian décide de s'attaquer à la scène avec l'aide de son ami guitariste Scott Mitchell (alias Daisy Berkowitz), tandis que lui-même adopte le pseudo de Marilyn Manson, contraction des patronymes de la starlette Marilyn Monroe et du tueur en série Charles Manson, arguant que ce raccourci donnait une résumé grotesque mais pertinent de l'Amérique.
Avec le bassiste Gidget Gein et le clavier Madonna Wayne-Gacy, le groupe, nommé
Marylin Manson and the Spooky Kids, enregistre quelques démos et joue des concerts Gothiques laissant carte blanche au maquillage élaboré de Manson. Ils abandonnent vite leur boîte à rythme pour le batteur Sara Lee Lucas et poussent le niveau de leurs compositions. En 1992, ils sont parmi les groupes les plus populaires du sud de la Floride et remportent le
"Slammies Award" du meilleur groupe de hard rock alternatif. Le nom du groupe se réduit alors à
Marilyn Manson.
L'année d'après, en 1993, c'est un autre prophète des ténèbres qui les contacte, Trent Reznor, le membre unique de
Nine Inch Nails, pour leur offrir un contrat avec son label
Nothing Records et la possibilité d'ouvrir les concerts de NIN le printemps suivant. Manson accepte les deux, et le premier album du groupe sort durant l'été 1994,
Portrait of an American Family. Avec le nouveau bassiste, Twiggy Ramirez, la notoriété du groupe s'envole en flèche. Sur scène, Manson brûle d'en découdre avec la religion : à Salt Lake City, il déchire la Bible des Mormons ; plus tard, il accepte le titre de "Révérend" de l'Eglise de Satan, que lui remet le fondateur Anton LaVey.
En 1995, avec la sortie de l'EP Smells like Children et l'impressionante reprise de "
Sweet Dreams (are made of this)" d'
Eurythmics, Marylin Manson accède au mainstream. Tout est en place pour que l'album suivant,
Antichrist Superstar (1996) cartonne à plein régime.
Dès la sortie de l'album, il se place en troisième position des charts pop. Le métal irrévérencieux, sophistiqué et sensuel de Manson, jouant sans arrêt sur les concepts conservateurs de bien et de mal, pourfenant la morale et le "Dieu des gens", s'attaquant de manière aussi directe qu'intelligente à la représentation médiatique de la violence, du bon et du mauvais (le titre "Antichrist Superstar", associé à l'énorme succès de l'album, est prophétique), se révèle être un coup de génie et un album important du métal des années 90, le tout relevé par la production et les arrangements indus' aux petits oignons de Trent Reznor.
Plus la popularité de Manson grandit, plus la fureur de ses détracteurs augmente, versant parfois dans une violence comparable à celle qu'il dénonce sur ses albums. Ses concerts sont régulièrement interdits, ou assiégés par des groupes de droit civique, sa musique est attaquée par les religieux et les politiciens conservateurs. La façon dont Manson embrase rapidement la lumière médiatique est sujette à interprétation, s'agit-il d'opportunisme ou enfonce-t-il le clou d'
Antichrist Superstar, réalisant en vrai ce dont il parle sur l'album ? En tout cas, il écrit son autobiographie,
The Long Hard Road Out of Hell, qui se vend comme des petits pains.
Manson se fâche avec Trent Reznor etse retrouve, pour la première fois, sans son soutien technique au moment de retourner en studio pour donner une suite à
Antichrist Superstar. Profitant de son expérience de la célébrité, il pose les bases conceptuelles de son album suivant sur la starification du morbide, l'apathie générale devant la violence, et la dépersonnalisation par la drogue, pour échapper au reste. Exit la violence de l'indus', Manson et son groupe pondent un album de métal glam, qui brille par son utilisation de l'électronique et l'ambiance de paillettes glacées qui s'en dégage. Marylin Manson vient de sortir son chef d'oeuvre. Qu'il fait suivre de l'immense Last Tour on Earth l'année suivante.
Et c'est la redescente. L'album
Holy Wood (In the Shadow on the Valley of Death) sort fin 2000, et la moitié de l'album est à jeter. Manson refait le coup de la reprise disco wave avec
"Tainted Love" qui sort sur la B.O. de
Not Another Teen Movie et fait un tube facile.
En mai 2003, sort
The Golden Age of Grotesque, un album qui n'a plus la charge sulfureuse qui faisait autrefois le son et la force de Manson. Les coups de griffes sont superficiels, Manson s'est enfermé dans son image de cauchemar de l'Amérique, s'est brouillé avec ses anciens musiciens, le succès continu ne le pousse plus à aller au bout de ses concepts et
Golden Age of Grotesque pêche par sa superficialité. A l'image de Marilyn Manson, il ne s'agit plus d'un brulot mais d'un pastiche. Ses concerts se transforment en Disneyland pseudo gothique, de véritables shows plutôt que des performances.
Manson se bat pour interdire la sortie d'une collection de raretés des Spooky Kids pour une sombre histoire de copyrights et en 2005, sort son premier Best-of,
Lest We Forget, sur laquelle Manson reprend
Depeche Mode pour une version de "
Personal Jesus" au ras des pâqueretes. La société de consommation a gagné.
> Un site made in France pro Manson.