Si on va faire un tour sur Wikipedia, on apprend que
Marit Larsen a fait partie d'un horrible duo de teen-pop au début du siècle, M2M dont les titres de gloire sont une apparition dans un épisode de Dawson (la saison 5 en plus, quand ils sont à la fac) et sur la BO américaine de
Pokémon, le film.Tout ça c'est vrai, malheureusement. La jeune femme a beau avoir publiquement renié son ancien groupe, son travail solo n'a pas l'air tellement plus brillant, de loin. L'album s'appelle Under The Surface et je vous inviterais bien à regarder sous la surface mais... il n'y a pas grand chose à y trouver. Marit Larsen fait de la pop légèrement folk, elle écrit des chansons sur sa vie amoureuse et les enregistre avec un peu de piano, de guitare (acoustique hein, attention) et rajoute quelques violons, harmonica ou trompette dessus. Pour expliquer en quoi
Under the surface est brillant, on pourrait en faire un peu trop à propos de l'instrumentation et des arrangements, faire croire que les envolées de cordes sur la chanson titre relèvent de l'excentricité symphonique ou bien que le banjo sur "
Only A Fool" évoque
Sufjan Stevens ou
Neil Young.

La verité est que bien qu'elle change un peu de l'aridité de la pop adulte la plus standardisée, Marit Larsen n'invente rien, tout juste fait-elle preuve de personnalité. C'est déjà pas mal si on l'imagine sur RTL 2 mais ça ne nous suffira pas à nous, auditeurs exigeants. On peut plutôt considérer Larsen comme une traditionaliste de la pop scandinave, dans la lignée d'
ABBA. Ce qu'il y a de vraiment exceptionnel chez elle, en fait, c'est le talent avec lequel elle fait vivre cette pop ancestrale, comment chaque inflexion de sa voix exprime avec une puissance, une clarté et une justesse les sentiments soit disant simples que ses consoeurs cherchent en vain à communiquer. Chacune de ses compositions s'impose avec l'évidence d'un vieux tube qu'on aurait toujours connu sans jamais l'avoir entendu. Si la trompette qui clôt "
The Sinking Game" n'est pas la première à nous faire ce coup-là, dieu qu'elle est bien amenée !
On peut regarder un film pour le suspense, pour le "twist" inattendu et inédit... mais non seulement on sera déçu neuf fois sur dix, mais on ne pourra le regarder ainsi qu'une fois. Under The Surface est un album qu'on n'écoute jamais pour la première fois, c'est plutôt comme un vieux film qu'on aurait à demi-oublié et dont on savoure les surprises au moins autant que les passages attendus. Un petit chef-d'oeuvre qui laisse espérer les plus grandes choses de la part de celle qui pourrait bien être une nouvelle Fiona Apple, en plus heureuse et équilibrée (et, par conséquent, plus productive, on peut l'espérer).
2goldfish
Le 28 janvier 2008