Howling Songs de Matt Elliott



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L'eau qui dort



Matt Elliott a-t-il enfin réglé ses comptes avec ses démons ? C’est par un disque littéralement furieux, Howling Songs, qu’il clôt sa trilogie folk. A l’impression de déjà-vu succède un envoûtement maladif pour un songwriting unique en son genre, déchiré entre valses câlines et déluges criards.

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Oui, il pleut toujours dans les chansons de Matt Elliott. Howling Songs a ce goût de pluie, une pluie porteuse de désenchantement qui suinte de partout. C’est de l’eau lacrymale qui ruisselle de motifs mélodiques surannés. Aussi, écoutez l’écoulement des larmes le long de la corde d’un violon tzigane dans "Berlin & Bisenthal". Ecoutez les mandolines chevrotant sur "I Name This Ship The Tragedy, Bless Her & All Who Sail With Her", qui emprunte l’air nostalgique des histoires de marins – thème récurrent de l’insulaire Matt Elliott. Ecoutez enfin les torrents qui emportent la dernière chanson, "Bomb The Stock Exchange".

Howling Songs (les chansons hurlantes, ou les chansons furieuses) met fin à la trilogie amorcée par Drinking Songs (les chansons à boire) et Failing Songs (les chansons de la faiblesse). Traversant l’amertume, la tristesse et l’horreur, un parcours en pente douce mène donc à ce dernier volet, le plus profond et le plus intime. La paternité de Leonard Cohen est plus que jamais manifeste, tant dans les frissonnants arpèges ("The Kübler-Ross Model") que dans une voix esseulée, grave et accueillante comme un tombeau ouvert ("Something About Ghosts"). Matt Elliott assume enfin son organe. Et retourne les nôtres.

Car Howling Songs peut également réagir brusquement, se montrer à fleur de peau, être suceptible de déchirer les tympans à tout instant par une fanfare de fantômes soufflants et crachants les six pieds de terre qui nous séparent. Un klezmer bancal brouillé de guitares rouillées fout les jetons et laboure en accelerando sur "Something About Ghosts" comme sur "A Broken Flamenco". Il ne reste plus une seule barre de mesure bien droite : toute rythmique s’effondre sur elle-même, agitée par le ressac de l’homme derrière la guitare, l’homme derrière la batterie, l’homme derrière le violon, l’homme derrière la clarinette, cet homme c’est Matt Elliott qui ressasse ses angoisses morbides, ses questions existentielles et ses vides intérieurs.

La révélation d’un songwriting ultime

Nous sommes à la fin du tunnel. Matt Elliott, en s’écartant de l’électronique, a trouvé sa plume. Il arrange les nappes de cordes avec soin, retrousse sa voix qui ne chôme pas et flirte avec la justesse. D’une succession de cris quasi primaux, l’Anglais balaie toute intention enjôleuse sur "The Howling Song", point culminant du disque : il pousse à son paroxysme sa logique bruitiste en atomisant la dynamique de ses compositions. Faut-il y entendre un exercice masochiste, faut-il y voir un autisme intransigeant ? Il s’agit peut-être de la marque du génie ou de la générosité, une invitation à vivre sans retenue l’expression de ses angoisses afin d’arriver à la cinquième et dernière phase du deuil selon Kübler-Ross : l’acceptation.

François Clos Le 31 octobre 2008

Lisez également l'interview de l'artiste, sa discographie complète - Regardez le clip de La Mort de La France en acoustique - Retrouvez toute l'actualité pop sur le Blog Musique




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