| . | Entretien avec Mister You |
| . | Entretien avec Chris Garneau |
| . | Entretien avec Do Make Say Think |
| . | Entretien avec Air |
| . | Entretien avec Hecuba |
| . | Les interviews Musique |
| . | La pop-rock française, succès aux USA |
| . | Les clips à vélo |
| . | Le live sur clé USB |
| . | La nuit parisienne à l'agonie |
| . | Portrait vidéo d'un sosie de Michael Jackson |
| . | Articles Musique |
Depuis qu'il a mis à pied son double - The Third Eye Foundation avec lequel il produisait une jungle mélancolique - Matt Elliott s'essaie à une musique folklo et mutante, aux angles valsés, aux chants fantomatiques, le tout rehaussé de quelques rythmiques décharnées dont il a le secret. Son troisième album, Failing Songs, creuse plus encore la voie d'un songwriting polyphonique, mêlé aux influences européennes d'un autre âge.

Matt Elliott : Il y a une dizaine d'années, je rêvais d'utiliser un très long delay, qui créerait de nouvelles couches à chaque passage. Et puis j'en ai eu un, et bien sûr ça a affecté mes compositions. Plus tard, en réécoutant Drinking Songs (1), j'ai remarqué que chaque morceau avait la même structure : ça commence, ça enfle, puis il y a du reverse, et ça disparaît ou ça s'arrête brusquement. Peut-être que ça changeait un peu pendant un court passage, mais sans jamais réellement s'éloigner de l'idée de départ. Pour les voix, c'est autre chose : il y a souvent trois ou quatre chants en simultané, ça devient plus lourd, plus gros. Je n'apprécie pas tellement ma voix, aussi j'éprouve le besoin de l'overduber... de la recouvrir.
Sur les disques de Third Eye Foundation, on retrouvait des fragments religieux sur les livrets magnifiques (signés Uncle Vania) comme dans les compositions : entrelacs de chœurs liturgiques, cloches, voix bulgares. Au fil de la discographie de Matt Elliott, les citations sacrées d'hier se muent peu à peu en influences païennes évidentes. Sur "Desemparado", une flûte celte surnage dans un maelström de guitares saturées. Portée par les inflexions manouches du violon et un accélérando rythmique dansant, "The Failing Song" n'aurait pas dépareillé sur l'album de Beirut ou la bande originale de Transylvania ; sans parler de ces guitares andalouses qui s'invitent, bravaches, sur une micro-chanson délicieuse, "Good Pawn".

"Planting Seeds", bijou de presque sept minutes, ferme le petit théâtre chanté de Failing Songs. Mais à la gracilité d'une musique qui s'élève et ralentit avant de se jeter dans un nouvel envol, répondent les paroles les plus violentes jamais écrites par Matt Elliott. C'est davantage des pruneaux que des graines qu'il souhaite voir plantés dans la poitrine des grands dirigeants de ce monde. Le contraste est maximal entre le chant à la limite du murmure, les balais légers sur les peaux de Chris Cole (2) et la crudité de l'invitation au meurtre.
Matt Eliott : Le morceau est violent, mais pas aussi violent que cette bande d'enfoirés. Parfois je regarde les journaux télévisés, et les larmes me viennent presque : c'est un tel bordel ! On vit une époque effrayante. Lorsque je vois des gens qui se focalisent sur la Seconde Guerre Mondiale, j'ai envie de leur dire : c'est aujourd'hui que ça se passe, ne pensez pas seulement à 60 ans en arrière, réfléchissez à ce qui se passe maintenant, et à ce qui va se passer dans 60 ans. Tu sais, cette chanson va à l'encontre de la loi anglaise, et je pourrais me faire arrêter pour tenir de tels propos. Ils pourraient interpréter cela comme une glorification du terrorisme. Mais personne ne peut m'empêcher d'avoir des opinions et de les exprimer. Je hais les fondamentalistes, mais un procureur pourrait y voir autre chose. Finalement, la chanson a été créée pour... provoquer des discussions, faire réfléchir les gens, sans doute.
Sur ce dernier opus, la jungle d'autrefois est quasiment indécelable. Cependant, les prestations scéniques sont l'occasion pour Mr Foundation de pervertir le bon Dr Elliott. Les saturations plaintives ou agressives, la boîte à rythmes déversant une drum'n'bass cahin-cahante, les versions rallongées à coup de boucles surprendraient l'habitué des mélodies subtiles et retenues des albums précédents. Loin d'être évacué, le passé de Matt Elliott resurgit ça et là, comme l'on revoit un ami éloigné.


Failing Songs
Matt Elliott
Ici d'ailleurs
Sortie le 23 octobre 2006
Notes :
1) Drinking Songs (2004) est le second album de Matt Elliott ; il succède au magnifique The Mess We Made ( 2003).
2) Chris Cole, connu aussi sous le pseudo de ManyFingers, a troqué son violoncelle (entendu sur Drinking Songs) au profit d'une batterie sur Failing Songs. Les années passées, il accompagnait Matt Elliott en tournée.
3) Matt Elliott a publié toute la discographie de son avatar 3EF sur le label anglais de Domino.
4) Hood : un groupe écossais qui évolue entre pop et post rock, jadis produit par Matt Elliott. Ecoute recommandée : The Cycle of Days and Seasons (1999), Outside Closer (2005), Cold House (2001).
Sur Flu : - Failing Songs est aussi sur le forum musique de Flu. - L'interview de Stéphane Grégoire, directeur du label Ici d'ailleurs
Sur le Web : - le site officiel de Matt Elliott - son blog myspace - et l'interview complète de Matt Elliott par François Clos
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z