Depuis Radio Boy, Herbert cherche à imposer une nouvelle voie à la house traditionnelle, particulièrement en ce qui concerne le rythme et les percussions. Il n'hésite pas à sampler des sons quotidiens (paquet de chips, cuillères, pot à café) et s'intéresse de près aux travaux de
John Cage et
Pierre Schaeffer (le père de la musique concrète en 1954). Mais là où les maîtres de la musique électroacoustique et de la musique concrète ne souhaitaient à aucun prix développer d'éléments cycliques, Herbert souhaite réintroduire le rythme. Cela donnera lieu à deux albums de Wishmountain, l'éponyme
Wishmountain (en 1998) et
Wishmountain is Dead, la même année. Le projet se poursuit alors sous le nom de Radio Boy avec
Wishmountain Is Dead, Long Live Radio Boy (fin 1998). Projet qu'il met en veilleuse jusqu'en 2001, où il revient sous ce pseudo avec
The Mechanics of Destruction, un album revendiquant l'engagement pris par l'artiste depuis le début du 21e siècle.
Entre temps, Herbert a déjà signé son chef-d'œuvre,
Around The House en compagnie de la chanteuse d'origine américaine (qui est aussi sa compagne),
Dani Siciliano. Sur
Around The House, Herbert pousse malicieusement le principe de house (la maison, la musique fait maison) dans ses retranchements, enregistrant pour construire les rythmiques de l'album tous les objets qui lui passent sous la main. Cela donnera un album visionnaire, savamment déconstruit/reconstruit, plein d'humour et de clin d'œil, dont on peut dire sans se tromper qu'il influencera les artistes click'n'cut et click'house comme Akufen,
Matmos, Sutekh,
Kid606 et bien d'autres.
A partir de l'an 2000, Matthew Herbert s'engage en réaction à notre époque. Il s'implique dans la vie de notre société. Ainsi il publie un manifeste de l'artiste au 21e siècle nommé "
Personal Contract for the Composition of Music (Incorporating the Manifest of Mistakes)", proche du mouvement plunderphonic de John Oswald, celui-ci prêche pour l'emprunt, le sampling et le copier-coller, l'expérimentation et l'utilisation des erreurs qui en découlent. Ce texte s'impose rapidement comme le pendant musical du fameux "Dogme" du réalisateur de cinéma,
Lars Von Trier. En 2003 Herbert sort son album
Goodbye Swingtime, sous le nom de The Matthew Herbert Big Band.
Un album de jazz donc, mais qui subit la contrainte du fameux manifeste écrit deux ans avant. Le projet ne convainc pas, malgré une presse enthousiaste. En 2004, Herbert monte le projet "Plat Du Jour", un autre manifeste sonore et bruitiste contre l'industrialisation et la "malbouffe". Il s'engage la même année contre l'invasion américaine de l'Irak. Il produit et remixe des personnalités aussi diverses que la chanteuse
Roisin Murphy de
Moloko,
R.E.M. ,
Yoko Ono,
John Cale,
The Avalanches ou le japonais Cornelius.
Personnalité versatile et prolifique, Herbert est certainement l'un des artistes les plus intéressant des musique électroniques actuelles. Grâce à sa curiosité, son engagement et son talent, il a su développer une oeuvre assez saisissante pour captiver un large public et il fait certainement partie des musiciens les plus marquants de ce début de siècle.