Je me suis mis aux machines parce que je n’avais pas le temps d’apprendre à jouer de la guitare (Eric Débris) ”
Avec sa musique minimale, expérimentale et hyper-agressive, Métal Urbain fait partie des grands précurseurs du rock alternatif français. Les quelques singles qu’ils sortirent au cours de la grande vague punk de 1977 ont laissé des traces chez quelques personnalités centrales du rock contemporain, telles que Steve Albini, Jello Biafra des
Dead Kennedys ou
Trent Reznor de
Nine Inch Nails. Un manque notoire - et assumé - d’esprit commercial et une incompréhension du public français les ont cependant maintenu dans l’underground jusqu’à nos jours.
L’histoire remonte à la fin des années 60, lorsque Eric Daugu (surnommé « Débris ») et Eric Feidt (« Rikky Darling ») commencent à jouer ensemble. Avec des musiciens divers et variés, ils se produisent tout le long des années 70, passant de l’esprit décadent des New York Dolls à des expériences inspirées de « Metal Machine Music », disque culte (et inaudible) de
Lou Reed. C’est en hommage à ce dernier qu’en 1976, ils finiront par opter pour le nom « Métal Urbain ». Un surnommé Zinc occupe alors le poste de batteur. Leur formule musicale tranche déjà avec l’ambiance virtuose qui domine alors : des rythmes binaires, une guitare sur-saturée et des machines au son chaotique. Soit un climat désespérément lugubre et barbare, qui ne va pas sans rappeler les premiers pas de
Suicide, à New York.
Un petit tour chez « Sex », la boutique londonienne de
Malcolm McLaren, leur fait raccrocher le wagon punk : ils s’habillent en plastique fluorescent et multiplient les messages provocants. Pendant que les
Sex Pistols sèment la panique en Angleterre, ils écrivent l’hymne anarchiste « Panik » et se produisent de chaque côté de la manche, déclenchant une baston mémorable au Golf Drouot, célèbre boîte parisienne qui avait fait la notoriété de nombreux groupes, des Chats Sauvages de
Dick Rivers à
Téléphone.
Au cours de l’année 1977, le groupe doit affronter le départ de Rikky Darling (qui rejoint
Asphalt Jungle) et de Zinc. Ce ne seront pas les derniers à quitter le navire. En effet, Metal Urbain s’enfonce dans une instabilité chronique qu’il ne quittera pas jusqu’en 1981. Bagarres, matériel massacré par des musiciens en état d'ébriété et autres problème de drogue dure sont autant d’éléments – hélas trop classiques – de cette aventure. Seul Eric Débris demeure le pilier inamovible, continuant à assurer la signature musicale du combo grâce à ses machines. Le savoureux paradoxe est que le groupe parvient à se faire connaître dans le milieu du hardcore californien et que leurs titres sont repris en Anglais. Et la presse anglo-saxonne, dans son ensemble, compare Métal Urbain à
Throbbing Gristle, qui pose alors les bases du rock industriel.
Au débuts des années 80, la formation finit par péricliter, alors qu’une compilation (« Les Hommes Morts Sont Dangereux », Rough Trade, 1981) vient ironiquement célébrer leur carrière. Le carnaval agité de Métal Urbain, son punk-rock robotique et son sens de menace trouvent alors deux dignes héritiers en la personne de François et Loran, architectes de
Bérurier Noir, qui reprendront « Panik » sur scène. Quant aux anciens membres du groupe (nombreux, on s'en doute), ils retournent à la vie civile, connaissent des morts tragiques ou poursuivent une carrière musicale expérimentale. On se souviendra du groupe alternatif Les Desperados et de Mix It, studio fondé en 1986 par Débris et Charlie H, qui sera un des premiers à défendre le trip-hop en France.
Sans que personne ne puisse le prévoir, Métal Urbain s’est reformé en 2003 autour de ces deux derniers. Et le groupe s’apprête un nouvel album, « J’Irai Chier Dans Ton Vomi », annoncé pour le 30 octobre 2006. Ce titre dément à lui seul les accusations d’opportunisme qui accompagnent habituellement toute reformation…