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La chronique pourrait s’arrêter là : moi le journaliste clairvoyant qui se paye un jeune groupe qui n’a jamais demandé qu’on place tant d’espoir en lui, vous le lecteur (probablement) en colère après le gratte papier merdeux qui se donne de l’importance en démolissant votre nouveau disque préféré. Seulement voilà, parmi tous ces gens qui comme moi ont écouté l’album sur la foi d’un premier clip, beaucoup ont aimé le reste du disque. Ils ont mis "Kids" sur leur blog ou "Electric Feel" en fond dans leur reportage pour Turbo sur M6 et qui suis-je pour prétendre qu’ils ne sont que des moutons entrainés par cette mystérieuse force maléfique, la "hype", ce juif du critique musical qui a derrière lui cette franc-maçonnerie qu’on appellera "intelligentsia parisienne" ou "les blogs", véritable cinquième colonne du mélomane parano ? Les autres trouvent probablement quelque chose dans MGMT dont ils avaient, ne poussons pas jusqu’à "besoin" mais sans doute "envie". Qu’est-ce donc ?
Il y a ce côté psyché/freak qui reste très léger, séduisant mais jamais menaçant, juste ce qu’il faut pour donner au groupe une identité et une "différence" essentielles pour l’auditeur en quête d’identification. Il y a la diversité : la tracklist alterne hymnes rock, disco sensuel, ballades le cœur sur la main et exercices psychédéliques contrôlés. Il y a surtout ce mélange entre grands sentiments, sérieux absolu, dimensions épiques et vulnérabilité, infantilisme qui parle aux générations adulescentes qui l’ont déjà plébiscité chez Arcade Fire.
Dans "Time To Pretend" il est question du fantasme de la rock star qu’on sait qu’on ne réalisera jamais et de la pulsion régressive du retour vers le bac à sable. Tout le dilemme d’une génération manipulée par la société de consommation qui lui a donné des rêves hors d’atteinte et un confort infantilisant. Le reste du disque évoque donc soit une enfance rêvée, soit des fantasmes irréalistes protégés par une couche d’ironie, un empilement des "degrés" caractéristique des années 2000, où il est socialement acceptable de faire n’importe quoi tant qu’on montre bien qu’on en a conscience.
Y a-t-il quelqu’un qui a "raison" et quelqu’un qui a "tort" entre la critique amère qui déplore la pauvreté musicale de MGMT et un public d’amateur plus large qui semble se reconnaître dans ces chansons ? Quitte à écouter un groupe hype et insupportable, moi j’aime autant Vampire Weekend, ils sont bien meilleurs, mais qui se reconnaitra dans leurs chansons hors de la cote est des Etats Unis ?
MGMT - Oracular Spectacular
Chez Sony BMG, avril 2008.

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